Une décision municipale pour protéger une haute fonctionnaire visée
Le climat post-électoral demeure particulièrement tendu à La Colle-sur-Loup. Lundi 30 mars 2026, le conseil municipal a examiné une délibération cruciale visant à octroyer la protection fonctionnelle à Nathalie Mathieu, directrice générale des services de la commune. Cette mesure intervient après que la fonctionnaire a été la cible d'attaques virulentes durant la campagne des élections municipales, soulevant des questions épineuses sur la manière dont une collectivité doit réagir lorsque son administration est prise pour cible.
Un contexte inflammable et des précautions prises
La situation est d'autant plus délicate que Nathalie Mathieu est la compagne du maire Jean-Bernard Mion. Pour éviter tout risque de conflit d'intérêts lors du vote, ce dernier a choisi de quitter physiquement les débats. « Pour des raisons personnelles qui ne vous ont pas échappé, je vais quitter cette salle et je passe la parole et la présidence de la séance à Patrice Cirio, mon premier adjoint », a-t-il déclaré avant de se retirer. Cette décision souligne la sensibilité de l'affaire et la volonté de préserver l'impartialité des débats.
Des attaques qualifiées de diffamatoires
Patrice Cirio, premier adjoint, a ouvert la séance en dénonçant fermement les attaques subies par la DGS. « La ligne rouge de la décence a été franchie. Lors de cette campagne électorale, certains se sont crus permis de calomnier et de porter atteinte à l'intégrité de Nathalie Mathieu », a-t-il affirmé. Il a détaillé la nature de ces attaques, incluant des caricatures publiées dans le Tonton Collois, des publications explicites sur les réseaux sociaux, ainsi que des mails diffamatoires envoyés à la mairie. Selon lui, ces actions ont profondément affecté la fonctionnaire, tant sur le plan privé que professionnel.
Le premier adjoint a tenu à rappeler le parcours exemplaire de Nathalie Mathieu, qui a intégré la mairie il y a vingt-trois ans, en novembre 2003. « Nathalie Mathieu, à l'image de tous les agents communaux qu'elle dirige, fait preuve d'un engagement sans faille pour notre collectivité », a-t-il insisté, soulignant qu'elle a gravi les échelons « grâce à la seule force de ses compétences ».
Des réactions contrastées au sein du conseil
Magali Roux-Vallariello, conseillère municipale de la majorité, a exprimé sa « profonde indignation » face au traitement subi par la DGS. Elle a soulevé la question du sexisme en politique, suggérant que certaines attaques n'auraient pas eu la même teneur si le directeur général des services avait été un homme.
En revanche, Philippe Calatayud, conseiller municipal d'opposition, a justifié le vote « contre » de son groupe en pointant plusieurs failles éthiques et juridiques. Il a d'abord souligné que le maire disposait d'une délégation lui permettant de statuer seul, estimant que l'inscription de ce vote à l'ordre du jour public « interroge sur son opportunité et laisse penser que cette question dépasse le seul cadre administratif ». Il a également critiqué la rédaction de la délibération, la jugeant « inadaptée et juridiquement très imprudente », arguant que qualifier des faits de diffamation relève de l'autorité judiciaire et non de l'assemblée délibérante.
Enfin, faisant allusion à la relation entre le maire et la DGS, il a conclu : « Compte tenu du contexte particulier, nous estimons qu'une vigilance accrue aurait été nécessaire afin de garantir pleinement l'impartialité de la décision publique. » Patrice Cirio lui a rétorqué sèchement : « Ça sera au tribunal administratif de dire s'il y a diffamation ou pas. »
Une décision adoptée avec des réserves
La délibération a finalement été adoptée à la majorité, recueillant toutefois cinq voix contre. Elle autorise la municipalité à nommer un avocat et à supporter les frais liés à cette protection fonctionnelle, dans la limite de 3 000 euros pour la première instance. Comme toute décision administrative, elle peut faire l'objet d'un recours contentieux devant le tribunal administratif de Nice dans un délai de deux mois.
Cette affaire met en lumière les tensions persistantes à La Colle-sur-Loup après les élections municipales, tout en soulevant des questions plus larges sur la protection des fonctionnaires et les limites de l'engagement politique local.



