La Cour des comptes assène un rapport sévère à l'État avant l'arrivée d'Amélie de Montchalin
Cour des comptes : rapport sévère avant l'arrivée de Montchalin

Un timing délicat pour l'ancienne ministre

La date de publication s'avère particulièrement mal choisie pour Amélie de Montchalin. Ce jeudi, la Cour des comptes a rendu public son rapport thématique analysant la situation des finances publiques au début de l'année 2026. La nouvelle première présidente de l'institution, qui est également l'ancienne ministre des Comptes publics, effectuera sa rentrée officielle lundi prochain. Elle ne dispose donc que du week-end pour assimiler la sévère évaluation que viennent de formuler ses futurs collègues magistrats.

Un verdict sans appel sur la gestion des comptes

Le jugement porté sur la tenue des comptes de l'État se révèle extrêmement critique. Concernant la réduction du déficit prévue pour 2025, le rapport indique clairement : « D’après les dernières estimations disponibles, l’effort réalisé pourrait ne représenter que moins de la moitié de l’objectif initial fixé à l’automne 2024, reportant sur les prochaines années les ajustements indispensables à la stabilisation du ratio de dette publique. » Les magistrats dénoncent ainsi une procrastination étatique inacceptable qui persiste.

Plus grave encore, le document précise que « la réduction de 0,4 point que cette cible implique résulterait quasi exclusivement d’importantes hausses de prélèvements obligatoires, d’environ 23 milliards d’euros ». Les auteurs soulignent notamment que « cet effort repose sur une surtaxe sur les grandes entreprises et une contribution sur les hauts revenus d’un rendement, révisé en baisse par rapport aux attentes initiales, de respectivement 7,5 et 0,4 milliards d’euros. Ces deux dispositifs, annoncés comme temporaires, ont finalement été reconduits en 2026 ».

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Une fiscalité alourdie et des promesses non tenues

Le constat est implacable : l'essentiel des mesures repose sur des hausses d'impôts, avec très peu de réductions des dépenses publiques. Cette orientation constitue l'exact opposé des engagements pris par le gouvernement auquel appartenait Amélie de Montchalin, qui promettait de fonder l'effort budgétaire sur un tiers de hausses fiscales et deux tiers de baisses de dépenses. Le rapport déplore amèrement « des économies en dépenses comprenant peu d’efforts structurels et revus à la baisse par rapport au projet initial ».

Avec une certaine cruauté analytique, la Cour des comptes énumère méticuleusement la liste des impôts nouvellement créés ou majorés :

  • Augmentation des taxes sur les billets d'avion
  • Majoration de la taxe sur les transactions financières
  • Hausse de la CSG sur les revenus du capital
  • Augmentation des cotisations retraites des agents des collectivités locales
  • Suppression du taux réduit de TVA sur l'électricité
  • Instauration d'une surtaxe exceptionnelle sur les organismes complémentaires

Le rapport rappelle également que la France conserve son titre peu enviable de championne d'Europe de la pression fiscale, une distinction dont le pays se passerait volontiers.

Un calendrier qui évite le pire des scénarios

La publication de ce rapport thématique, intervenant juste avant l'arrivée de l'ancienne ministre – toujours en fonction à Bercy actuellement –, peut finalement être considérée comme la « moins mauvaise » des solutions en matière de calendrier. Imaginez si ce réquisitoire avait été rendu public la semaine prochaine, ou même la suivante… La situation serait devenue extrêmement embarrassante pour toutes les parties concernées, et particulièrement pour Amélie de Montchalin elle-même.

Cependant, cette première esquive temporelle ne résout en rien le fond du problème. Une question cruciale se pose désormais : que fera l'ex-ministre des Comptes publics l'année prochaine à la même période, lorsqu'il s'agira de présenter le jugement, nécessairement sévère, de l'institution qu'elle présidera sur ses propres actions passées ? Cette interrogation légitime ne peut que raviver les soupçons de verrouillage institutionnel concernant Emmanuel Macron et son gouvernement.

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