Cholet entre fierté locale et tumulte politique
Évoquez la ville de Cholet et on vous parlera immédiatement de son équipe de basket emblématique, de son bassin d'emploi dynamique, et certains mentionneront même qu'elle est le berceau de Bruno Retailleau. Cette commune située aux confins du Maine-et-Loire, de la Vendée et des Deux-Sèvres, qui compte un peu plus de 54 000 habitants, cultive une identité forte. Pourtant, depuis quelques années, certains résidents estiment que l'image de leur ville a changé, notamment à l'approche des élections municipales de mars 2026.
Une condamnation qui fait trembler la campagne
La ville habituellement paisible est actuellement secouée par la récente condamnation de l'indéboulonnable Gilles Bourdouleix, candidat à sa propre réélection pour un sixième mandat. Le jeudi 29 janvier, le maire sortant a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et 750 euros d'amende pour sa responsabilité dans l'organisation du feu d'artifice du 14 juillet 2022. Cette tragédie a coûté la vie à un frère et une sœur âgés de 7 et 24 ans. Le maire qualifie cette condamnation d'injuste mais a décidé de ne pas faire appel pour ne pas accabler la famille des victimes, comme il l'a expliqué à 20 Minutes.
Les habitants divisés face au « personnage » Bourdouleix
Malgré le jugement rendu, l'événement reste dans toutes les mémoires à l'approche du scrutin. On l'aimait bien Bourdouleix, confie une habitante de 75 ans, tandis que son mari, Choletais de naissance, acquiesce : J'ai toujours voté pour lui, mais cette année, ça va changer. L'affaire du feu d'artifice peut influencer le résultat des municipales.
Denis, un autre résident, est plus direct : Quand on parle de Cholet à nos amis, ils nous disent que nous avons une jolie ville mais avec un drôle de maire. Moi, je le considère comme un sacré ouistiti au caractère de cochon, c'est simple, rien n'est jamais de sa faute ! Sa compagne Colette tempère : Nous ne pouvons pas oublier la façon dont il s'est dédouané de cette affaire terrible, mais il a fait de bonnes choses pour la ville.
Alice, une trentenaire installée depuis peu à Cholet, déplore la candidature de Gilles Bourdouleix : En 2022, on avait fait en sorte que cette affaire soit entendue. Peu convaincue par les prises de parole du maire, elle envisage de s'abstenir en mars. Une commerçante des halles du centre-ville, présente depuis vingt ans, ajoute : Ce n'est pas une affaire qui est derrière nous, loin de là. L'événement nous a tous profondément marqués.
Démissions et opposition : un climat politique délétère
La candidature de Gilles Bourdouleix, bien que légale, est globalement incomprise. Après la vague médiatique de juillet 2022, plusieurs élus ont pris leurs distances. Isabelle Leroy, candidate pour Cholet, un nouveau jour, et son colistier Jean-Paul Brégeon font partie de ceux qui ont démissionné. Elle, ancienne adjointe pendant dix-neuf ans, évoque un climat de défiance, une ambiance délétère et des dérives, ainsi que des idées proches du Rassemblement national. Je voulais préserver mon intégrité, nous sommes sept à avoir démissionné, précise-t-elle.
Du côté de l'opposition, Franck Loiseau, tête de liste de l'union de la gauche Cholet Citoyenne, souligne : En allant à la rencontre des habitants, on entend un ras-le-bol de ce système qui a trop duré. Il dénonce un système opaque et brutal et une façon extrême de faire de la politique qui fatigue de plus en plus, depuis le 14 juillet 2022, mais pas seulement. Il fait référence à des propos tenus en 2013 par le maire sur les gens du voyage, pour lesquels il avait été condamné avant que la peine ne soit annulée par la Cour de cassation.
Bourdouleix défend sa position et mise sur ses projets
Lors de notre échange, Gilles Bourdouleix apparaît plus modéré : Ce que je regrette, c'est d'avoir été sous les feux des projecteurs comme si j'étais le seul coupable, confie l'édile de 65 ans. Je ne vois pas à quel titre je me serais retiré puisque j'estime n'avoir aucune responsabilité dans ce qu'il s'est passé, martèle-t-il. Le candidat ne considère pas l'affaire du feu d'artifice comme un élément déterminant : Pour moi ce n'est pas le sujet des municipales, j'ai bien d'autres choses à dire et à proposer à mes concitoyens.
Il pourra compter sur une partie fidèle de l'électorat, comme Marianne, 62 ans : J'ai toujours voté pour lui et je ne vois pas pourquoi ça changerait. Après trente-et-un ans de mandat ponctués de polémiques, six candidats sont en lice pour tenter d'inverser la tendance lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2026.



