Boulogne-Billancourt, le Dallas politique des Hauts-de-Seine en pleine bataille municipale
« Boulogne, c’est toujours Dallas. » Cette formule, attribuée à Roger Karoutchi, sénateur LR et ancien cacique des Hauts-de-Seine, colle parfaitement à la peau de cette ville policée et prospère. Dans ce fief historique de la droite, la politique ne se limite pas à de simples débats d'idées. Elle se déploie comme une série à rebondissements, riche en trahisons, parachutages et intrigues. À l'approche des élections municipales, la commune rejoue sa scène préférée, avec des enjeux cruciaux pour son avenir.
Pierre-Christophe Baguet, le maire sortant qui vise un quatrième mandat
Au cœur de ce feuilleton se trouve Pierre-Christophe Baguet. Le maire LR, en poste depuis 2008, brigue un quatrième et dernier mandat. « Faute de relève immédiate », plaide-t-il, expliquant avoir interrogé son équipe sur une éventuelle candidature. « Ils n’ont pas voulu, notamment pour mener leur carrière nationale », confie-t-il. Élu dès le premier tour en 2020 avec 56,05 % des voix, Baguet aborde la campagne avec sérénité, malgré les critiques sur son âge. Son atout principal ? L'union. Après les turbulences des législatives de 2024, où il a dû soutenir le macroniste Stéphane Séjourné, il se réjouit du retour à l'ordre partisan, soulignant l'élection d'Élisabeth de Maistre, une LR, lors de la législative partielle de février 2025.
Pour défendre son bilan, il met en avant une gestion en « bon père de famille » et la stabilité fiscale. Christine Lavarde, conseillère municipale LR et sénatrice, appuie ce discours : « Pour la 17e année consécutive, Boulogne ne va pas augmenter ses taux d’imposition ». Experte en finances locales, elle est le cerveau financier du système Baguet, assurant que la situation n'inquiète personne et que la dette est remboursée tout en investissant.
Antoine de Jerphanion, le rival de droite qui cherche un nouveau souffle
Mais Boulogne ne serait pas Boulogne sans une fissure sur le flanc droit. Antoine de Jerphanion, 34 ans, conseiller municipal et enseignant en droit public à Dauphine, repart au combat pour incarner « un nouveau souffle ». Déjà candidat en 2020 avec 15,91 % des voix, il avait rejoint la majorité municipale en 2024 avant de claquer la porte, refusant de n'être qu'une potiche. Représentant d'Horizons dans les Hauts-de-Seine, il s'appuie sur son résultat de 40,35 % au second tour de la législative partielle de février 2025.
Son constat est sombre : « Boulogne perd ses familles et s’enferme dans une trajectoire budgétaire risquée, notamment à cause de l’île Seguin ». Il critique l'obstination du maire à construire des bureaux malgré le télétravail et un marché tertiaire atone. Pour signifier la rupture, il propose de transformer le projet avorté de palais des sports en une cité de la gastronomie, visant à ramener de la convivialité dans une ville devenue dortoir. Ce marathonien espère bien réussir une performance en mars, affirmant : « Boulogne, c’est ma ville : je veux qu’elle retrouve un dynamisme ».
L'Île Seguin, l'éternel chantier de la discorde
L'île Seguin, ancienne terre des usines Renault, reste un sujet brûlant. Accusé de vouloir bétonner un espace rare, Baguet défend une « vallée de la culture » avec la Seine Musicale, un multiplexe et un centre d'art contemporain. Il souligne que si Bouygues ne lance pas son chantier de bureaux d'ici novembre, la ville récupérera tout gratuitement. Jerphanion y voit un gouffre financier, tandis que Christine Lavarde accuse les recours des associations et opposants d'avoir fait perdre 136 millions d'euros à la Société publique locale, au détriment des contribuables.
La gauche divisée et l'ombre de l'extrême droite
La gauche s'élance en ordre dispersé. Après des réunions infructueuses, socialistes et écologistes partent séparément. Pauline Rapilly Ferniot, élue écologiste en 2020, a fédéré les Insoumis, les communistes et Génération.s, mais pas le Parti socialiste. Judith Shan, tête de liste PS soutenue par Place publique, assume son refus de s'associer avec LFI, critiquant l'absence de services publics de proximité et un bilan en trompe-l'œil. Elle prône un péage urbain pour lutter contre le trafic de transit.
Pauline Rapilly Ferniot porte une rupture plus radicale, axée sur la transformation de l'espace public et la rénovation démocratique. Elle propose un centre municipal de santé, des référendums locaux et la piétonnisation du boulevard Jean-Jaurès, dénonçant un « mandat de stagnation ». Dans ce paysage fracturé, l'irruption annoncée de listes Rassemblement national et Reconquête pèse sur les calculs, risquant de siphonner une partie de l'électorat de droite et de rendre les reports de voix incertains.
Pierre-Christophe Baguet le reconnaît : « Cette fois, je ne serai pas élu au premier tour. » Entre la promesse de stabilité du sortant et l'usure dénoncée par ses adversaires, les rivalités sont un sport local. La saison 2026 peut commencer. Dans ce Dallas des Hauts-de-Seine, la question n'est pas seulement de savoir qui gagnera, mais qui trahira qui... et à quel moment.