Blocus lycées : l'État peut-il répondre rapidement aux élèves ?
Blocus lycées : l'État peut-il répondre rapidement ?

Alors que des lycéens bloquent de nombreux établissements pour dénoncer leurs conditions de travail, le ministère de l'Éducation nationale et les rectorats s'activent pour apporter des réponses rapides, notamment sur le remplacement des professeurs absents. Cependant, la rénovation des bâtiments scolaires, une revendication centrale, ne peut pas être traitée dans l'urgence par les Régions, qui manquent de moyens financiers.

Un mouvement protéiforme entre revendications et violences

Ce mardi, les lycéens ont de nouveau exprimé leurs doléances à travers des banderoles, reprenant des thèmes récurrents : pénurie d'enseignants, classes surchargées, emplois du temps trop lourds, locaux délabrés et stress lié à la plateforme Parcoursup. Florent Martin, proviseur au lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat des personnels de direction (SNPDEN), décrit un mouvement composite : « Certains réclament vraiment de meilleures conditions de travail, d'autres sont là uniquement pour en découdre. »

Il souligne la difficulté de sa mission : « Notre mission première c'est d'assurer la sécurité des biens et des personnes. » Il évoque une situation inédite : « 50 policiers devant l'établissement, c'est du jamais vu. On est au cœur du réacteur et notre mission première c'est d'assurer la sécurité des personnes et des biens. Pas simple quand le principe d'expression d'une partie du mouvement c'est l'affrontement et la violence. »

Les proviseurs se sentent démunis face aux revendications

Les proviseurs, pourtant en première ligne, se sentent impuissants pour répondre aux attentes des élèves. Florent Martin explique : « Quand on discute avec eux, ils comprennent que tout se joue, avec les budgets, dans les cabinets des ministères et de régions et ils nous répondent qu'on n'a pas les cartes en mains. Je crois qu'il va falloir attendre que la colère passe pour pouvoir discuter… »

Les vacances scolaires, attendues dans dix jours, pourraient offrir une trêve. Mais l'exécutif aura-t-il le temps d'apporter des réponses concrètes ? La Plateforme nationale de concertation arrive « très largement à contretemps », selon l'article.

Côté Région, des moyens limités pour la rénovation

Sur la question du bâti scolaire, le ministre devait échanger hier avec les Régions. Kamel Chibli, vice-président de la Région Occitanie en charge de l'Éducation, défend son bilan : « Il ne faut pas se cacher derrière la question du bâti, j'estime qu'en matière de rénovation on a globalement fait le job et on a livré 11 lycées neufs. »

Il annonce des mesures à venir : « On va maintenant commencer à équiper au printemps les établissements en brasseurs d'air pour lutter contre la chaleur mais on ne fera pas l'économie d'une refonte des rythmes scolaires ! Et avec 500 millions d'euros de dotation en moins depuis 7 ans et une population qui augmente, on ne peut pas faire de miracles. »

Une réponse sous huit jours pour les absences d'enseignants

La rectrice de l'académie de Montpellier, Carole Drucker-Godard, tiendra ce mercredi 7 octobre un comité de direction exceptionnel pour aborder notamment le remplacement des absences d'enseignants. Le rectorat précise qu'il s'agit « d'apporter sous 8 jours, comme demandé par le Ministre de l'Éducation Nationale, une réponse concrète aux absences recensées ». Aucun chiffrage concernant d'éventuelles embauches de contractuels supplémentaires n'a été évoqué.

L'académie souhaite également renforcer « l'association des élèves aux décisions concernant leur vie scolaire » via la mise en place d'une instance intermédiaire et départementale de dialogue lycéen, réunie à intervalles réguliers. Les premières réunions sont espérées pour novembre.

Un dialogue jugé insuffisant par la Région

Kamel Chibli critique vivement la gestion gouvernementale : « Les recteurs sont au feu mais ce gouvernement n'est pas à la hauteur dans le dialogue avec les jeunes. Il est en train de traiter le problème comme la DNC l'an dernier avec les agriculteurs. » Il a demandé aux élus du Conseil régional des jeunes une mission éclair de dix jours dans les lycées pour faire remonter les doléances et tenter d'agir.

Face à une écoute tardive et des solutions rapides limitées, la colère risque de perdurer. Florent Martin espère néanmoins : « Une semaine de cours en moins, l'année du bac, ce n'est déjà pas rien. Je pense qu'une partie des élèves vont songer à reprendre le chemin des classes. »