Municipales 2026 à Montpellier : le bilan en demi-teinte de Michaël Delafosse
À un mois du premier tour des élections municipales de 2026, le mandat de Michaël Delafosse, maire sortant qui brigue un second mandat, fait l'objet d'un examen minutieux. Six ans après son installation à l'Hôtel de ville, où un compteur à rebours rappelait chaque jour le temps restant pour tenir ses engagements, l'heure du bilan a sonné.
Les réussites marquantes : mobilités et politique sociale
Le chantier phare de ce mandat reste incontestablement la ligne 5 de tramway, longue de 16 kilomètres, achevée dans les délais malgré les crises successives du Covid et de l'énergie. Cette réalisation s'inscrit dans une politique globale de mobilités volontariste, avec l'extension de la ligne 1 jusqu'à la gare Sud de France, la généralisation de la limitation à 30 km/h pour les voitures, et la transformation du tunnel de la Comédie en espace réservé aux deux-roues.
La gratuité des transports pour tous les habitants de la Métropole, promise en 2020 et mise en œuvre en 2023, constitue une autre mesure emblématique, malgré son coût annuel estimé à 34 millions d'euros par la Cour des comptes.
Sur le plan social, plusieurs engagements ambitieux ont été concrétisés :
- Mise en place d'une mutuelle communale à prix réduit
- Encadrement des loyers, faisant de Montpellier la quatrième grande ville française à adopter cette mesure
- Tarification solidaire de l'eau
- Construction de plus de 300 places en crèche
- Repas de cantine à 0,50 € pour les publics les plus défavorisés
La politique en faveur de la jeunesse s'est également traduite par la construction de cinq groupes scolaires, l'agrandissement de quatre autres, et la rénovation des cours de 90 écoles dans le cadre d'un plan "rafraîchissement".
Les domaines en demi-teinte : sécurité, urbanisme et culture
Malgré des efforts notables, certains secteurs présentent des résultats mitigés. En matière de sécurité, la municipalité a renforcé la police municipale de 58 agents, créé des brigades spécialisées et intensifié la coopération avec les services de l'État. Pourtant, le sentiment d'insécurité persiste et le narcotrafic reste prégnant dans plusieurs quartiers.
L'urbanisme constitue un autre dossier complexe. L'adoption du Plan Local d'Urbanisme Intercommunal (PLUi) s'est faite dans la douleur, avec le départ de la vice-présidente écologiste Coralie Mantion à mi-mandat. Ce document prévoit la construction de 4 500 logements par an à l'échelle intercommunale, un chiffre ambitieux face aux 5 000 nouveaux habitants annuels.
La rénovation urbaine avance lentement. Si la tour d'Assas a été démolie en 2025, le projet de relocalisation de la clinique Clémentville au cœur du quartier de La Mosson a échoué.
Dans le domaine culturel, malgré un soutien affiché et des subventions accrues, certaines structures comme Domaine d'O rencontrent des difficultés financières. L'échec de la candidature de Montpellier au titre de capitale européenne de la culture marque également ce mandat.
Les échecs et points noirs du mandat
Plusieurs dossiers n'ont pas abouti aux résultats escomptés :
- La gestion des déchets : aucune solution pour les déchets ultimes n'a été trouvée, le projet d'incinérateur CSR peine à convaincre, et le test de tarification incitative n'a pas été lancé.
- Le développement des transports : le projet de "bustram" (bus en site propre) s'est réduit à une demi-ligne entre Montpellier et Castelnau, laissant un sentiment d'inégalité entre le centre et la périphérie.
- L'agence de développement économique, lancée fin 2023, peine encore à démontrer sa pertinence.
- Le projet de nouveau stade de football, porté par la famille Nicollin, a finalement été abandonné.
Les relations avec le club de rugby montpelliérain ont également été tendues, malgré le titre de champion de France en Top 14 remporté en 2022.
Une gouvernance réellement apaisée ?
Michaël Delafosse avait promis une gouvernance plus apaisée après les conflits qui avaient marqué le mandat de son prédécesseur. Si les relations avec le Département et la Région, toutes deux sous présidence socialiste, se sont normalisées, les rapports avec les écologistes, qui ont quitté la majorité à mi-mandat, se sont dégradés.
Le maire a cultivé des relations de travail avec les ministres macronistes pour défendre les dossiers montpelliérains, mais sa petite phrase sur "les connards qui gueulent sur les travaux", prononcée lors des Universités d'été du PS en 2024, a révélé les tensions sous-jacentes.
Le ressenti des habitants : entre satisfaction et frustration
Les Montpelliérains expriment des opinions contrastées sur ce mandat. Camille, 23 ans, étudiante en centre-ville, apprécie particulièrement la gratuité des transports et la nouvelle ligne 5 de tramway : "Quand il pleut, c'est top !" Elle loue également le développement des pistes cyclables, même si certaines artères en manquent encore.
Anne, retraitée de 69 ans, se déplace exclusivement à pied et constate des progrès inégaux pour les piétons : "Certains passages sont vraiment sûrs, mais d'autres endroits sont dangereux et devraient être revus." Elle apprécie néanmoins les nouvelles places aménagées, notamment la place Max-Rouquette et l'Esplanade.
Hugo, habitant près de l'Observatoire, critique surtout la durée des travaux : "Au final, les projets sont beaux, mais ça a pris tellement de temps et on a mangé tellement de poussière." Il remet en question l'utilité de la transformation du tunnel de la Comédie pour les vélos.
Christophe, quant à lui, regrette le flou qui a entouré le dossier du stade de la Mosson tout au long du mandat : "La décision a mis beaucoup trop de temps à être prise. On dirait que la relégation du MHSC a été ce qui a fait pencher la balance."
Alors que le compteur installé il y a six ans approche de zéro, le bilan de Michaël Delafosse apparaît donc en demi-teinte, mêlant réalisations concrètes et promesses non tenues, dans un contexte où les défis urbains, sociaux et environnementaux restent immenses pour la capitale héraultaise.



