Jean-Michel Aulas, le magnat du foot et des affaires, se lance en politique à Lyon
Aulas, de l'OL à la mairie de Lyon : le pari politique à 77 ans

Jean-Michel Aulas, de la gloire sportive à l'arène politique lyonnaise

À quelques semaines des élections municipales des 15 et 22 mars, une figure inattendue domine la scène politique lyonnaise. Jean-Michel Aulas, 77 ans, vice-président de la Fédération française de football et ancien président de l'Olympique Lyonnais, est devenu le favori des sondages face au maire écologiste sortant Grégory Doucet. Cet homme d'affaires ayant fait fortune dans les logiciels de gestion, et ayant remporté huit titres de champion de France avec l'OL, s'engage dans une bataille électorale qu'il avait pourtant juré d'éviter.

Une vocation politique tardive et controversée

« J'avais sincèrement promis à mon entourage de ne pas m'engager », déclare Jean-Michel Aulas, se défendant de toute hypocrisie. Pourtant, les enquêtes d'opinion lui accordent 42% des intentions de vote contre 31% pour Grégory Doucet, plaçant le nouveau venu aux portes de l'hôtel de ville. « Je vis des moments délicieux, dans la rue les gens traversent pour me demander de sauver la ville du dogmatisme », confie-t-il, visiblement grisé par cet engouement populaire qui lui a valu 100 000 nouveaux abonnés sur ses réseaux sociaux.

Si ses proches confirment l'authenticité de cette soudaine vocation, certains détracteurs circulent une anecdote perfide : « C'est depuis qu'il doit emmener les enfants de sa nouvelle compagne à l'école que sa haine des embouteillages s'est transformée en candidature. » Quoi qu'il en soit, Aulas semble déterminé à ajouter une nouvelle ligne à son palmarès déjà impressionnant.

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Un rassembleur improbable des droites et du centre

Le néophyte en politique a accompli un premier miracle en parvenant à unir droites et centre(s) sous sa bannière. « Il y a tellement d'aspects dans sa personnalité que chacun peut y trouver à manger », reconnaît un ancien élu MoDem. Cette capacité à séduire des publics variés s'est manifestée lors d'un débat à guichets fermés au Palais de la Mutualité mi-février, où se côtoyaient entrepreneurs en costume, trentenaires en baskets et représentants de la bourgeoisie lyonnaise traditionnelle.

Son approche inclusive s'est même étendue au quartier populaire de la Duchère, où il s'est présenté auréolé du parrainage du footballeur Karim Benzema. Cette stratégie lui permet de dépasser l'image d'une ville froide et conservatrice pour toucher une Lyon plus complexe, « profondément ambivalente, partagée entre repli et ouverture » selon le sociologue Jean-Yves Authier.

Un programme entre pragmatisme et controverses

La plateforme électorale d'Aulas mêle propositions conventionnelles et mesures plus polémiques. Parmi ses engagements : davantage de policiers municipaux, la gratuité partielle des transports et des cantines scolaires, la création de deux forêts urbaines, mais aussi l'abattage d'arbres « plantés devant les caméras de surveillance », le retour du commerce en centre-ville et une réhabilitation de la voiture personnelle.

Conscient des craintes liées à son élan urbanistique - les Lyonnais gardent un souvenir traumatisant de l'autoroute percée au cœur de la ville dans les années 1980 - Aulas promet désormais qu'il ne « va pas tout casser ». Il propose même un méga-tunnel pour résoudre le célèbre bouchon de Fourvière, tout en jurant de respecter l'équilibre urbain.

La défaite annoncée de l'écologie municipale ?

La montée en puissance d'Aulas représente un défi majeur pour Grégory Doucet, le maire écologiste sortant qui avait créé la surprise en 2020. Contrairement à son homologue bordelais Pierre Hurmic, connu pour son pragmatisme, Doucet a appliqué son programme « à la lettre et au bulldozer », allant jusqu'à chasser le Tour de France de la ville - une décision impopulaire dans une région profondément attachée au cyclisme.

Pourtant, un baron du centrisme local met en garde contre les miroirs déformants de la campagne : « Ceux qui râlent ne sont pas forcément ceux qui votent à Lyon. Après tout, la vie des gens intramuros reste plutôt agréable, moins embouteillée même. » Reste que les sondages donnent clairement Aulas vainqueur, faisant de cette élection un possible tournant pour la deuxième agglomération française.

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Comparaisons et héritages politiques

L'irruption d'Aulas sur la scène politique suscite des comparaisons inévitables. Certains détracteurs le taxent de démagogie voire de « trumpisme », tandis que d'établissent un parallèle plus pertinent avec Bernard Tapie, autre figure ayant marqué le business, le football et la politique. Une différence notable cependant : contrairement à Tapie, Aulas n'a jamais été inquiété par la justice, et « a pris de vrais risques en investissant son propre argent » selon un ancien ministre.

Bruno Gollnisch, interrogé sur les marches du tribunal lors du procès du Front national, résume bien l'ambivalence qu'inspire le candidat : « Me voilà donc bien embêté pour vous donner un avis sur Aulas. J'en dis du bien et je vais nuire à mes amis, j'en dis du mal et je trahirai ma pensée. » Cette polarisation pourrait bien définir le mandat à venir, si le septuagénaire parvient effectivement à conquérir la mairie qu'il appelle désormais sa « Champions League de la politique ».