Aide à mourir : des voix discordantes au sein de la gauche
Malgré un large consensus apparent au sein de la gauche, qui considère généralement le droit à l'aide à mourir comme une avancée sociétale majeure, certains élus continuent d'exprimer des réserves, voire une opposition franche au texte actuellement réexaminé à l'Assemblée nationale. Ultraminoritaires dans leur camp, ces députés pointent des risques éventuels et déplorent un manque de débat approfondi sur cette question éthique complexe.
Des critiques sévères dans l'hémicycle
Jeudi soir, le président du groupe communiste Stéphane Peu a livré un réquisitoire sévère contre l'aide à mourir, allant à contre-courant de ses camarades. Il a dénoncé une « rupture anthropologique » et un droit qui ouvrirait « une porte beaucoup trop risquée » dans une période où « triomphe l'individualisme ». Évoquant la dégradation de la qualité des soins à l'hôpital et une attention portée aux aînés bien plus faible qu'auparavant, Stéphane Peu a exprimé sa crainte de voir les malades les plus vulnérables demander l'aide à mourir parce qu'ils se considèrent comme « un poids » pour leurs proches ou la société.
Un texte vraiment progressiste ?
Vendredi, le député socialiste Dominique Potier a lancé, un brin provocateur : « Si ce texte est progressiste, je suis fier d'être conservateur. » En première lecture, en mai, l'Assemblée avait pourtant largement adopté le texte, faisant le plein des voix à gauche. Seuls six députés de gauche avaient voté contre et dix s'étaient abstenus, soit moins de 10% des effectifs totaux de la gauche (192 députés).
Les soins palliatifs en question
Parmi les opposants, le socialiste Marc Pena pointe l'inégal développement des services de soins palliatifs en France. Il estime que le texte visant à garantir un meilleur accès à ces soins, examiné en parallèle, ne suffira pas. « Vu les moyens alloués aux hôpitaux, il y aura la plus grande difficulté à avoir un plan Marshall sur les soins palliatifs », dénonce Marc Pena, soulignant ainsi les limites pratiques de la réforme.
Un débat insuffisant selon certains élus
Marc Pena regrette également un manque de discussions au sein de son groupe politique. « J'ai pu exprimer ma position et personne ne m'a montré du doigt ou empêché de parler », reconnaît-il, mais il ajoute : « J'ai fait face à une majorité silencieuse pour qui le droit à l'aide à mourir est apparu comme une évidence, une continuité des autres grandes lois sociétales, comme l'autorisation de l'IVG ou le mariage pour tous, mais sans davantage de questionnements. C'est ce qui me gêne le plus. »
L'élu des Bouches-du-Rhône admet toutefois que le débat a bien eu lieu au sein de l'hémicycle, mais surtout avec les opposants de droite et d'extrême droite, dont les motivations diffèrent de celles de la gauche critique.
L'auteur du texte défend le processus démocratique
L'auteur de la proposition de loi, le député Olivier Falorni, ancien socialiste qui siège au sein du groupe MoDem, balaie les accusations d'absence de débats à gauche, en particulier chez les socialistes. « C'est une vaste blague », fulmine-t-il, rappelant que la mesure figurait déjà dans le programme de François Hollande en 2012. « Quatorze ans, ça me semble un délai raisonnable pour ausculter le sujet », argumente-t-il, défendant ainsi la maturité du débat.
La difficulté d'assumer des positions minoritaires
Plusieurs députés ont affirmé avoir du mal à aller à l'encontre de leur famille politique. « J'ai beaucoup de réserves sur ce texte, mais je m'abstiendrai car je n'ai pas envie de bloquer une avancée de société », confie l'écologiste Marie Pochon, illustrant le dilemme auquel sont confrontés certains élus.
Un autre député, qui préfère rester anonyme, reconnaît la difficulté à assumer sa position auprès de sa circonscription. « Une grande partie de la gauche, sur le terrain, ne comprend pas ma position », dit-il. Et il ajoute : « Il y en a aussi, qui me disent ne pas oser s'exprimer, mais avoir des doutes, comme moi. »
Tensions et convictions personnelles
Jeudi, dans l'hémicycle, la tension est montée d'un cran à gauche lorsque le député insoumis René Pilato a demandé à Dominique Potier de laisser ses convictions « aux portes du Palais Bourbon ». « Je suis profondément blessé », lui a rétorqué l'élu, catholique et de gauche. « Jusqu'à présent, on pouvait à gauche s'opposer à cette loi, et là je découvre une police de la pensée. Moi, je n'interroge pas vos propres convictions. »
Certains députés interrogés reconnaissent que leur culture ou leurs convictions religieuses ont pu peser dans leurs positions, mais disent ne pas vouloir en faire état publiquement, craignant d'être stigmatisés ou incompris.
Une autre élue opposée est absente des débats cette semaine pour des raisons personnelles. « Mais ça m'arrange », glisse-t-elle, révélant ainsi la pression que peut exercer un tel débat sur les parlementaires.



