Var : vendanges 2026 inédites, un bilan contrasté
Var : vendanges 2026 inédites, bilan contrasté

Les vendanges 2026 dans le Var, les plus précoces jamais enregistrées, touchent à leur fin. Le président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), Eric Pastorino, dresse un bilan contrasté mais pas si sombre. Si la quantité est « raisonnée », la qualité s'annonce au rendez-vous, malgré un contexte marqué par les canicules successives, la sécheresse et les incendies.

Une précocité inédite et des territoires bouleversés

« Il y a trente ans, elles débutaient à la date où elles s'arrêtent désormais », résume Eric Pastorino. Les vendanges ont démarré une semaine plus tôt que l'an dernier, déjà très précoce. Cette année, les caves en Sainte-Victoire ont ouvert en même temps que dans le Golfe de Saint-Tropez, une première. « Le changement climatique modifie la donne », souligne-t-il. Les vagues de canicule ont entraîné un début de vendange très tôt dans la saison, et les vendanges s'achèvent avant la fin du mois de septembre, du jamais vu.

Malgré ces conditions, l'état sanitaire des vignes a été « quasiment parfait », avec très peu de mildiou et d'oïdium. « Cela permet aussi de réduire le nombre de traitements », ajoute le président du CIVP. Un petit avantage au réchauffement, qu'il convient de souligner.

Un combat quotidien pour les vignerons

« Les vendanges deviennent de plus en plus un combat, de tous les jours », affirme Eric Pastorino. Les vignerons font preuve d'une grande capacité d'adaptation. Vendanger plus tôt et de nuit permet de maîtriser l'alcoolémie et le sucre, car « tout le monde est conscient qu'un rosé à 14 degrés déplairait au plus grand nombre ». Cela demande une énorme organisation et impose des règles de protection du personnel rigoureuses. Il est de plus en plus difficile de trouver des saisonniers pour vendanger début août, les caves devant être préparées dès le mois de juillet.

En termes de volume, la récolte est « globalement raisonnée », avec des quantités très hétérogènes selon les territoires. Certains secteurs ont plus récolté que l'an passé, d'autres moins, probablement en raison des orages très localisés de l'été. Les pluies généreuses de l'hiver ont été une grande chance, bénéficiant particulièrement aux vignes les plus âgées dont les systèmes racinaires vont en profondeur.

Une qualité prometteuse malgré les incendies

« Les premiers jus dégustés laissent entrevoir un millésime équilibré et qualitatif », se réjouit Eric Pastorino. Les efforts constants d'adaptation des vignerons et de toute la chaîne sont payants. Les territoires touchés par les incendies, comme Correns, ont toutefois subi des coûts plus élevés, notamment pour les analyses en laboratoire. « Ils sont parvenus à maîtriser leurs vinifications, les cuvées seront bonnes », assure-t-il, même si les conséquences pourraient être impactantes durant plusieurs années pour les champs les plus durement frappés.

Le président du CIVP insiste sur les leçons à retirer des incendies : « La forêt de demain est à inventer, et notamment son interface avec les secteurs habités. L'agriculture, donc la viticulture en particulier dans le Var, pourrait avoir un rôle à y jouer, en constituant des pare-feux, mais à condition que certains freins administratifs puissent enfin être levés. »

L'export comme salut face à une crise structurelle

Sur le plan économique, le marché français reste « atone », mais le bilan à l'export est satisfaisant. La baisse aux États-Unis, due aux tarifs douaniers de Trump, est compensée par des marchés en développement comme la Grande-Bretagne. « La baisse de la consommation de vins en France semble structurelle, le salut passera par l'export », affirme Eric Pastorino. Le CIVP s'efforce de consolider les marchés qui fonctionnent bien et d'en explorer des émergents, comme l'Asie du Sud-Est ou le Brésil. Il rappelle qu'il y a 25 ans, les États-Unis étaient un marché émergent.

Pour affirmer son leadership sur le marché des rosés, le CIVP travaille activement à la création d'un signe de reconnaissance pour distinguer « les meilleurs rosés du monde, ceux de Provence ». Un dossier majeur pour conserver la première place face à la concurrence.