Près de 2.500 fonctionnaires ont manifesté ce mardi dans le Var pour protester contre le gel des salaires, à l'appel de l'intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, Unsa). Les syndicats espèrent avoir lancé « un automne de batailles », alors que le gouvernement doit déposer ce mercredi le projet de loi de finances 2027 à l'Assemblée nationale.
Trois manifestations dans le Var
Selon la CGT, 300.000 personnes seraient descendues dans la rue dans toute la France, alors que le pays compte 5,8 millions de fonctionnaires. Dans le Var, trois rassemblements ont eu lieu : près de 2.000 personnes ont défilé à Toulon, 500 à Draguignan et une centaine à Saint-Raphaël. Quelques lycéens varois ont également suivi le mouvement national : Dumont d'Urville à Toulon, Jean-Moulin et Léon-Blum à Draguignan, Maurice-Janetti à Saint-Maximin.
Dans les rues de Toulon, les slogans affichés ne laissent aucun doute sur le thème majeur du mouvement : les salaires. « Paradis pour les uns, pas un radis pour les autres », « Le gel, c'est en hiver, pas sur les salaires ».
« De la colère et de la fatigue »
« Il y a de la colère et de la fatigue, confirme Cassandre Rigaud, secrétaire générale CGT à la mairie de Toulon. Des gens ne sont pas remplacés, il y a de l'absentéisme. Les personnels sont à bout de souffle et des services comme la petite enfance sont en souffrance. » Sandra, auxiliaire de puériculture dans une crèche de Toulon avec vingt ans d'ancienneté, perçoit 2.080 euros par mois, prime comprise. Mais son salaire prend du plomb dans l'aile en cas d'arrêt maladie : « J'ai été absente un mois et demi et j'ai perdu 750 euros correspondant aux primes. »
C'est dans le secteur de la territoriale que le mal-être est le plus fort. « Pour un agent de catégorie C, c'est 19 ans au Smic et 6 ans pour un agent de catégorie B », rappelle un responsable syndical au micro. « On est sous le Smic dans les cinq premiers échelons du premier grade et les trois premiers du deuxième grade. C'est compensé par une prime différentielle qui n'est pas comptabilisée pour la retraite. C'est une perte de carrière énorme pour les agents », complète Cassandre Rigaud.
Crispation sur les primes
« Mon salaire oscille entre 2.300 et 2.400 euros par mois, prime de 600 euros comprise, calcule Thierry Camilieri, élu national au Syndicat autonome de la fonction publique territoriale. Le problème c'est que je cotise très peu pour les retraites puisqu'on calcule la cotisation sur mon fixe qui est d'environ 1.700 euros. À poste équivalent, un salarié de la fonction publique d'État perçoit 1.000 euros de plus. »
« Chez EDF, un technicien démarre au Smic, touche 1.800 euros au bout de dix ans et 2.000 après 25 ans de carrière, assure André Dalmasso, CGT Mines - Énergie 83. Certes on ne paie que 10 % de notre facture d'électricité (appelé “le tarif agent”), mais on est imposé sur la facture globale. On demande que l'on ne touche pas à ça. »
Du côté de la police nationale, un agent sorti d'école démarre à 2.000 euros et peut espérer atteindre 2.700 euros vingt ans plus tard avec un statut de gradé et les primes « voie publique » et « OPJ » attribuée pour une mission de police judiciaire (recueil de plainte, fouille, perquisition). « Cette prime trimestrielle de 375 euros n'a pas été versée en septembre alors qu'une directive ministérielle prévoit des cas de suppressions mais qu'à partir de 2027 », s'agace Enzo, du syndicat Alliance et gréviste CFE - CGC. « Il y a un gros ras-le-bol. La rue est toujours plus violente et on est en train de dégoûter les fonctionnaires. La confiance est rompue. La police commence à lâcher… »
« On a atteint la limite du supportable »
En fin de matinée, une délégation a été reçue par le préfet du Var. « L'État maltraite ces agents et c'est institutionnalisé. On est là à se demander quoi remplir : le réfrigérateur ou le réservoir d'essence. On a atteint la limite du supportable », lâche Françoise Martinez de la CGT Finances. « Les agents ne veulent plus de médailles et de discours mais du respect, des effectifs et des moyens à hauteur de leur investissement », abonde Jessica Michel, secrétaire départementale Santé FO.
Si pour les différents responsables de l'intersyndicale, la matinée est « une réussite », la suite est déjà envisagée. « On se lance dans un automne de batailles », résume un élu. Ce sera déjà le cas à Lorgues ce mercredi à 8 heures.