L'Union européenne en retard sur le protectionnisme industriel mondial
Selon une étude approfondie du think tank européen Strategic Perspectives portant sur l'année 2025, l'Union européenne se distingue comme la seule grande économie à n'avoir édicté quasiment aucune mesure de préférence pour sa production locale. Ce constat frappant met en lumière un écart considérable avec ses principaux partenaires commerciaux, qui ont déjà déployé une batterie de dispositifs pour privilégier leurs industries nationales.
Un paysage mondial fortement protectionniste
Les données de l'étude révèlent des chiffres éloquents : les États-Unis occupent la première place avec pas moins de 983 mesures sectorielles ou multi-sectorielles mises en œuvre. Ils sont suivis de l'Inde, qui compte 315 mesures protectionnistes, du Brésil avec 131 mesures, et de la Russie avec 112 dispositifs similaires. Cette tendance mondiale s'explique largement par la nécessité de faire face à la concurrence chinoise de plus en plus agressive sur les marchés internationaux.
La Chine elle-même, bien que considérée comme modérément protectionniste, a développé des politiques sophistiquées pour protéger sa production nationale. Neil Makaroff, directeur de Strategic Perspectives, explique que ces mesures sont souvent difficiles à identifier formellement, comme la fixation discrète d'objectifs « acheter chinois » pour les entreprises publiques, qui représentent environ 25% du PIB du pays.
La position fragile de l'Union européenne
Face à ce panorama mondial, l'Union européenne apparaît singulièrement en retrait. Alors qu'elle a annoncé ce mercredi une nouvelle réglementation visant à protéger le « made in Europe », elle ne comptait jusqu'à présent que six mesures spécifiques de protection de son industrie locale. Ces dispositifs se concentrent principalement sur deux secteurs : la défense et, depuis la pandémie de Covid-19, la production de vaccins.
Il est important de préciser que ce recensement ne prend pas en compte les mesures commerciales protectionnistes traditionnelles, telles que les taxes douanières. Ces dernières incluent pourtant des politiques significatives comme celles mises en place par l'administration Trump ou la taxe européenne récente sur les voitures chinoises importées, qui peut atteindre jusqu'à 35% du prix du véhicule.
Le protectionnisme déguisé des États membres
La situation européenne se complexifie lorsqu'on examine les initiatives nationales des différents États membres. Plusieurs pays ont adopté des mesures qui, sous divers prétextes, constituent des formes de « protectionnisme plus déguisé », selon l'expression de Neil Makaroff. Ces dispositifs ne présentent pas de préférence locale explicite mais produisent des effets similaires.
Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer l'écoscore français. Présenté comme un outil de mesure de l'empreinte carbone des produits, ce système exclut de facto les véhicules chinois importés des primes à l'achat, en raison de leur niveau de CO2 jugé trop élevé. De même, l'Italie, l'Espagne et plusieurs pays d'Europe centrale ou orientale ont mis en place des mesures spécifiques pour protéger certains secteurs industriels stratégiques.
Les stratégies protectionnistes à travers le monde
L'étude de Strategic Perspectives met également en lumière diverses approches protectionnistes adoptées par d'autres économies émergentes :
- L'Indonésie propose une réduction de TVA sur les véhicules électriques contenant au moins 40% de composants locaux
- L'Inde a annoncé une réduction des droits de douane sur les véhicules électriques, conditionnée à des investissements substantiels dans l'industrie locale
- Les États-Unis protègent activement leur production d'hydrogène et certains matériaux stratégiques considérés comme essentiels pour leur souveraineté économique
Le Canada et le Royaume-Uni, avec quelques dizaines de mesures protectionnistes, se classent parmi les pays au protectionnisme modéré, occupant une position intermédiaire entre l'approche minimaliste de l'UE et les politiques plus agressives des grandes économies émergentes.
Cette étude soulève des questions cruciales sur la capacité de l'Union européenne à défendre ses intérêts industriels dans un contexte économique mondial de plus en plus concurrentiel et protectionniste, où la Chine joue un rôle central dans les stratégies défensives des principales puissances économiques.



