TVA sur Canal+ : le cinéma français menacé
TVA sur Canal+ : le cinéma français menacé

Le projet gouvernemental de doubler la TVA sur les offres de télévision payante, de 10 à 20 %, inscrit dans le budget 2027, provoque une vive réaction de Canal+. Invité de RTL lundi matin, Maxime Saada, président du directoire du groupe, a prévenu que cette mesure entraînerait une hausse des tarifs pour les abonnés, une perte d'abonnés et une réduction des investissements dans le cinéma français.

Un choc de 200 millions d'euros pour Canal+

Selon les calculs de Canal+, la hausse de la TVA représenterait un manque à gagner d'environ 200 millions d'euros pour le groupe. Maxime Saada a été très clair sur RTL : « Canal+ en France n'est pas en capacité d'absorber un choc de 200 millions d'euros ». Il a également indiqué que le groupe prévoyait de répercuter cette nouvelle taxe sur les prix des abonnements, avec une augmentation « de l'ordre de 10 % », variable selon les formules.

Cette hausse ne sera pas immédiate pour tous les clients : près de 90 % d'entre eux sont engagés pour un ou deux ans, et leur tarif ne peut pas être modifié en cours de contrat. Maxime Saada s'attend néanmoins à une érosion de la base d'abonnés : « évidemment, on va perdre des abonnés », a-t-il reconnu. Le groupe avait déjà averti jeudi que la mesure aurait des conséquences sur ses prix, ses emplois et ses investissements dans le sport et le cinéma.

Le financement du cinéma français en péril

Canal+ reste le principal financeur du cinéma français. En juillet, le groupe avait signé un accord prévoyant près de 980 millions d'euros d'investissements dans les œuvres françaises et européennes entre 2028 et 2032, soit environ 196 millions par an. Maxime Saada assure que ce contrat « va tomber mécaniquement » si la TVA est doublée, évoquant « peut-être la moitié, les trois quarts de films » qui ne seraient plus financés par Canal+.

En 2025, Canal+ a investi 163 millions d'euros dans 148 films français et préfinancé 104 d'entre eux. Le groupe représente à lui seul près de la moitié des investissements réalisés par les diffuseurs dans les films d'initiative française. Une réduction drastique de ces montants aurait un impact considérable sur la production cinématographique hexagonale.

Un levier de négociation récurrent

Ce n'est pas la première fois que Canal+ utilise la menace de réduire ses investissements comme levier de négociation. Début 2025, Maxime Saada avait déjà menacé de réduire les investissements du groupe pour protester contre les nouvelles règles de la chronologie des médias, jugées trop favorables à Disney+. Quelques mois plus tard, en plein Festival de Cannes, une autre polémique avait éclaté après sa menace de ne plus travailler avec les signataires d'une tribune hostile à Vincent Bolloré.

Cette fois, Maxime Saada assure ne pas « grossir le trait » et invoque la « pérennité du groupe ». Le Parlement devra désormais trancher dans le cadre de l'examen du budget 2027. L'issue reste incertaine, tant les relations entre Canal+ et le cinéma français sont marquées par des rebondissements réguliers.