Frédéric Poma, 60 ans, entame son deuxième mandat à la tête de Tourrettes-sur-Loup avec une ligne directrice claire : « Ce qui était important est devenu urgent. » L'ancien consultant et sapeur-pompier volontaire, élu sans étiquette, revendique « une gouvernance fondée sur la proximité, la médiation et le pragmatisme ». Dans un village de 4 300 habitants, qui peut atteindre 13 000 l'été, il fait face à des dossiers brûlants : gestion de l'eau, sécurité routière, rénovation énergétique, pénalités pour logements sociaux, transformation de Pont-du-Loup et avenir de la violette.
Vitesse limitée à 30 km/h et sécurité routière
La vitesse sur les routes communales inquiète les riverains. En accord avec les comités de quartier, la municipalité va abaisser la vitesse maximale autorisée à 30 km/h sur les routes communales avant la fin de l'année. « Nos routes sont étroites et sinueuses », explique le maire. L'arrêté fixant cette vitesse permettra juridiquement à la police municipale d'estimer et de verbaliser une vitesse excessive sans appareil de mesure radar. Parallèlement, Frédéric Poma va demander au Département de réduire la vitesse sur la RD 2210 : 60 km/h en amont, 50 km/h aux abords de l'agglomération et 30 km/h dans la traversée du village.
Eau : fuites réduites et compteurs connectés
Malgré la sécheresse, « il n'y a jamais eu de rupture d'approvisionnement » à Tourrettes-sur-Loup, qui s'appuie sur ses sources propres et celle de la Gravière à Bouyon. La priorité est la résorption des fuites. En 2020, les audits indiquaient 70 % de fuites : pour 100 litres injectés, 70 se perdaient dans le sol. Grâce aux travaux du délégataire, ce taux est tombé à 40 %. La commune généralise la pose de compteurs connectés pour suivre la consommation quotidienne. Elle sensibilise aussi les gérants des 200 meublés touristiques contre le gaspillage d'arrosage. Une tarification saisonnière sera étudiée avec la Communauté d'agglomération Sophia Antipolis, adaptant le prix de l'eau lorsqu'elle se raréfie.
Falaise et Pont-du-Loup : chantiers en cours
Le village médiéval repose sur un éperon rocheux. Selon le plan de prévention des risques, neuf premiers blocs classés en risque très important ont été sécurisés. Il reste une soixantaine de blocs à traiter sur trois ans pour pérenniser la sécurité des habitations. À Pont-du-Loup, la transformation est prévue sur trois ans : l'ancien hôtel La Réserve accueillera 13 logements fin 2028, une maison sera réhabilitée pour un restaurant et une boulangerie, les logements sociaux de la Cascade du Loup seront livrés en février 2027, et un parking public sera aménagé près du carrefour des gorges du Loup. La création d'une réserve naturelle régionale dans les gorges est aussi à l'étude.
Logement social : une « injustice administrative »
Frédéric Poma dénonce une « injustice administrative » : sans plan local d'urbanisme depuis six ans, bloqués par les réglementations, la commune ne peut plus construire. L'État impose 460 logements sociaux selon la loi SRU, alors que la livraison de la Cascade du Loup début 2027 n'en apportera que 80. « Cet objectif est inatteignable », dit-il. Résultat : la commune est prélevée de 300 000 euros de pénalités annuelles. « On nous sanctionne pour ne pas construire alors que les règles de l'État nous l'interdisent. »
Violette : une étude prometteuse en dermatologie
Il ne reste que trois producteurs de violettes dans la commune, une culture qui fait sa renommée. Pour pérenniser la filière, la mairie a financé une étude scientifique avec le CNRS, qui a mis en évidence un principe actif très prometteur en dermatologie. Une seconde étude est en cours, avec des résultats attendus d'ici la fin de l'année. Cela pourrait ouvrir un troisième débouché économique dans la cosmétique, aux côtés de la parfumerie et de la confiserie, et attirer de nouveaux horticulteurs.
Trois priorités : place de la Libération, rénovation, sécurité
La requalification de la place de la Libération est un engagement majeur. Occupée par le stationnement, elle sera piétonnisée progressivement, avec un parking souterrain exclu pour des raisons de coût. La capacité du parking de la Madeleine sera augmentée, avec des navettes pour les personnes à mobilité réduite. En matière de rénovation énergétique, la charpente de l'école élémentaire a été renforcée pour installer des panneaux photovoltaïques, et toutes les classes seront climatisées. Au château-mairie, « passoire thermique », tous les ouvrants seront remplacés. Pour la sécurité, les 40 caméras sont modernisées, la vidéoverbalisation sera déployée pour sanctionner les dépôts sauvages, la participation citoyenne est relancée, et un policier municipal supplémentaire sera embauché en 2026, avec un autre visé en 2027. Le maire déplore enfin « la dégradation du vivre-ensemble et la hausse des incivilités », mais se réjouit du « renouvellement de 50 % de son équipe municipale » qui apporte « une très belle dynamique de travail ».