Dans son récent ouvrage Unspeakable: The Taboo Topics We Avoid and How to Talk About Them (2026, HBR Press, non traduit), Christina Wing, enseignante à la Harvard Business School, met en lumière un phénomène qu'elle observe depuis plusieurs années, tant dans sa salle de cours que dans les entreprises qu'elle accompagne : les interdits entourant les discussions sur tout ce qui semble trop sensible, trop inconfortable ou trop personnel se sont particulièrement renforcés. En cause notamment : la peur du jugement, de froisser ou de faire les frais de la « cancel culture ».
Un constat alarmant sur la communication en entreprise
Christina Wing constate que cette autocensure croissante a des conséquences directes sur la santé des organisations. L'ambiguïté, le silence et l'évitement des conflits, loin de protéger, fragilisent les structures. Les employés, craignant de blesser ou d'être jugés, préfèrent taire des sujets pourtant essentiels, ce qui entraîne une dégradation de la confiance et de la coopération.
L'enseignante souligne que cette tendance n'est pas anecdotique. Elle se manifeste dans divers contextes professionnels, des salles de classe aux salles de conseil d'administration. La peur de la réprobation sociale, amplifiée par les réseaux sociaux et la « cancel culture », pousse de nombreuses personnes à éviter tout sujet qui pourrait être perçu comme polémique.
Les conséquences de l'évitement des sujets sensibles
Selon Christina Wing, cet évitement systématique a un coût organisationnel important. Le silence sur des sujets sensibles empêche la résolution de problèmes, freine l'innovation et crée un climat de méfiance. Les équipes qui ne peuvent pas aborder ouvertement les difficultés sont moins performantes et plus sujettes aux tensions latentes.
L'ouvrage propose des pistes pour dépasser ces blocages. Il s'agit notamment de créer des espaces de dialogue sécurisés, d'apprendre à formuler les critiques de manière constructive et de réhabiliter le conflit comme un outil de progrès. Christina Wing insiste sur la nécessité de nommer les choses, même inconfortables, pour éviter que l'ambiguïté ne ronge les relations professionnelles.
Un appel à la responsabilité individuelle et collective
L'auteure appelle à une prise de conscience collective. Chaque acteur de l'entreprise, du manager à l'employé, a un rôle à jouer pour instaurer un climat de parole plus libre et plus respectueuse. Il ne s'agit pas de provoquer pour provoquer, mais de reconnaître que l'évitement des sujets tabous est finalement plus coûteux que leur affrontement.
En définitive, Unspeakable offre une grille de lecture pour comprendre pourquoi certains sujets deviennent indicibles et comment les aborder sans créer de conflit destructeur. Christina Wing espère que son travail aidera les organisations à renforcer leur résilience en osant enfin parler de ce qui les fragilise.