Deux chirurgiens de l'hôpital de Millau, le professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie digestive et transplantation au CHU de Montpellier, et le docteur Sidi Mohamed Sebbagh, chirurgien viscéral et digestif à Millau, lancent une initiative inédite dans le secteur hospitalier public : financer par mécénat l'acquisition d'un robot chirurgical, un investissement évalué à près d'un million d'euros. L'objectif est de consolider certaines activités chirurgicales et d'attirer de nouveaux praticiens dans cet établissement du Sud-Aveyron.
Un projet né d'une conversation entre deux praticiens
L'idée est née d'une conversation entre les deux hommes, qui connaissent bien l'hôpital de Millau. Le professeur Navarro y entretient des liens étroits depuis vingt ans, tandis que le docteur Sebbagh a fait le choix d'y revenir après un passage à Caen. Ensemble, ils veulent franchir un nouveau cap. « Mon objectif majeur, prioritaire, est de continuer à faire que l'hôpital ait un service de chirurgie excellent, qu'on rassure la population du Sud-Aveyron et qu'on augmente l'activité », explique Francis Navarro.
La chirurgie robotique, utilisée notamment en urologie, en gynécologie et en chirurgie digestive, permet une précision supérieure à celle de la chirurgie classique ou laparoscopique. À Millau, les chirurgiens souhaitent développer son utilisation pour la chirurgie digestive, la cancérologie colorectale, la chirurgie de la paroi abdominale et certaines interventions complexes. En urologie comme en gynécologie, l'équipement pourrait élargir l'offre de soins.
Un investissement d'un million d'euros et un mécénat local
Le coût est vertigineux : un robot de type Da Vinci, leader sur le marché, coûte environ un million d'euros à l'achat, avec environ 15 000 euros de maintenance mensuelle. Une location est également envisageable, pour environ 150 000 euros par an, sur un engagement de sept ans. Pour réunir les fonds, les deux praticiens envisagent une vaste opération de mécénat destinée aux entreprises du Sud-Aveyron. Une soirée pourrait être organisée au printemps 2027, avec démonstration d'un robot, présence de spécialistes de la chirurgie robotique et participation de dirigeants économiques locaux.
L'objectif initial est pragmatique : réunir l'équivalent de deux années de location, soit environ 300 000 euros. Cette première enveloppe permettrait de lancer l'activité, d'en mesurer le fonctionnement et, espèrent les chirurgiens, de démontrer progressivement sa pertinence économique et médicale. Une fondation doit être mise en place pour garantir la transparence des dons.
Un enjeu d'attractivité médicale pour le territoire
Derrière la machine se joue une bataille plus ancienne : celle de l'attractivité médicale des territoires ruraux. L'hôpital de Millau a connu une période difficile en chirurgie après le départ de plusieurs spécialistes. Selon Francis Navarro, l'activité s'est progressivement effondrée avant que le docteur Sebbagh ne contribue à la relancer. « Si un urologue veut s'installer et pérenniser son activité à Millau, il devra pouvoir bénéficier de cette technologie », résume le professeur Navarro. En d'autres termes : « Pas de robot, pas d'urologue ! »
La menace est connue : à une heure ou une heure et quart de route, Montpellier concentre un éventail considérable de spécialités médicales, dans le public comme dans le privé. Pour un patient du Sud-Aveyron, la tentation du déplacement est réelle, notamment lorsqu'une intervention nécessite une technologie dont l'hôpital local ne dispose pas. Le futur hôpital commun doit permettre de changer d'échelle, mais ses promoteurs refusent d'attendre son ouverture. « Si on attend trois ou quatre ans, on perd de l'urologie, on perd de la gynécologie », résume le docteur Sebbagh. L'idée est d'installer le robot dans l'hôpital actuel avant son transfert, à terme, vers le nouvel établissement.
Un pari politique et territorial
Le projet dit quelque chose de l'état du système de santé dans les territoires. Quand l'équipement d'un hôpital devient suffisamment coûteux pour nécessiter une levée de fonds auprès des entreprises locales, la question n'est plus seulement technologique. Elle devient politique, économique et territoriale. Francis Navarro, qui dit avoir le soutien de l'ARS et du président du Département, ne nie pas la difficulté du pari. « Dire qu'on sera rentable, c'est difficile », reconnaît-il, en revendiquant un autre calcul, celui du service rendu à la population.
L'ambition est moins de transformer Millau en centre de haute technologie que d'éviter qu'il ne décroche dans la course à l'expertise médicale. Pour les deux chirurgiens, le véritable actif d'un hôpital ne réside ni dans ses murs ni dans la modernité de son bâtiment. « Ce qui fait un hôpital, ce n'est pas les murs. C'est la qualité des praticiens et l'expertise », résume Francis Navarro.