Punaises diaboliques : l'invasion automnale en Occitanie
Punaises diaboliques : l'invasion automnale en Occitanie

À l'approche de l'hiver, les punaises diaboliques envahissent les habitations en Occitanie, provoquant l'exaspération des habitants. Jean-Claude Streito, entomologiste montpelliérain et ingénieur de recherche à l'Inrae, confirme une invasion durable : « C'est une invasion. » Cette année, les signalements sont particulièrement nombreux, notamment dans l'Essonne, en Alsace et dans l'Aude.

Une présence croissante dans les foyers

Depuis plusieurs années, les punaises diaboliques (Halyomorpha halys), originaires d'Asie et arrivées en France en 2012, s'installent durablement en Occitanie. Elles se glissent dans les rainures des fenêtres, franchissent les moustiquaires et se posent sur les murs. Dans les Pyrénées-Orientales, Pascal et Marguerite, un couple de sexagénaires, mènent une guerre contre ces insectes depuis cinq ans. « La dernière fois à la cuisine, j'en ai trouvé 20 sur le rideau. Le lendemain, il y en avait autant », témoigne Marguerite.

À l'automne, lorsque les jours raccourcissent, ces punaises cherchent un endroit sec et chaud pour hiberner. « Elles ne se nourrissent plus pendant ce temps-là », précise Jean-Claude Streito. Elles ressortent au printemps pour pondre. Certaines habitations semblent particulièrement appréciées, sans que les chercheurs sachent pourquoi. Marguerite décrit des insectes qui « tombent en grappe de quatre ou cinq » dès qu'une moustiquaire est remontée : « C'est assez dégoûtant. Et quand tu entends leur vol lourd pendant que tu regardes la télé le soir, tu sais qu'elles peuvent finir par se poser sur ta tête. C'est horrible. »

Deux espèces invasives confondues

Toutes les punaises qui s'invitent chez vous ne sont pas diaboliques. Jean-Claude Streito indique que dans les signalements reçus, « une fois sur deux », il s'agit de la punaise américaine du pin (Leptoglossus occidentalis), également bien installée en France. À Montpellier, Marion « part à la chasse à la punaise américaine » chaque soir. Depuis la mi-septembre, elle en découvre trois à quatre par semaine : « Elle s'accroche partout, du plafond aux draps et aux vêtements dans ma penderie. » Elle les tue avec ses tongs, mais redoute celles qui lui tombent dessus : « C'est effrayant, moche et puis ça surprend. »

Les deux espèces sont différentes : la diabolique est grise et trapue, tandis que la punaise du pin est « beaucoup plus élancée » avec de grandes pattes arrières élargies « un peu foliacées comme des feuilles ». La punaise américaine du pin reste essentiellement inféodée aux conifères, tandis que la punaise diabolique s'attaque à de nombreux fruits. « On a des dégâts sur les pommes, les poires, les kiwis ou encore les noisettes », détaille Jean-Claude Streito, qui reçoit majoritairement des échos de la vallée du Rhône et d'Aquitaine. Dans les Pyrénées-Orientales, Pascal rapporte que les punaises s'attaquaient aux tomates du potager : « Elles piquaient pour se nourrir. Et bien sûr derrière, la tomate était foutue. Elles sont vraiment capables d'éradiquer le potager. »

Une cohabitation durable

La punaise diabolique n'est pas prête de disparaître. « Maintenant, elle est là et on n'arrivera pas à s'en débarrasser », prévient Jean-Claude Streito, qui anticipe des variations d'une année à l'autre. Pour limiter les populations, l'Inrae travaille avec une petite guêpe parasitoïde asiatique, surnommée « guêpe samouraï », capable de s'attaquer efficacement aux œufs de la punaise diabolique. Mais cela prendra « quelques années avant que ce soit efficace », précise-t-il.

En attendant, ces punaises ne sont pas dangereuses. Lorsqu'elles sont peu nombreuses, mieux vaut les remettre dehors. En cas d'invasion, Jean-Claude Streito conseille l'aspirateur, « comme ça, elles n'ont pas le temps de cracher leur liquide ». Les écraser est possible, mais leur odeur devrait dissuader. La cohabitation semble inévitable : « On va devoir vivre avec », conclut-il.