Pourquoi les épargnants quittent les sentiers battus des placements traditionnels
De multiples motivations poussent aujourd'hui les investisseurs à explorer des horizons financiers au-delà des produits classiques. La recherche de performance accrue, l'optimisation fiscale et la volonté de donner une dimension éthique à son argent constituent des leviers puissants. Ces aspirations conduisent naturellement vers des actifs présentant des rendements potentiellement supérieurs, mais associés à des risques différents.
"La diversification du portefeuille permet de répartir les aléas tout en atténuant sensiblement la volatilité", explique Bettina Mazzocchi, responsable des solutions multi-actifs patrimoniales pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique chez BlackRock. "L'éventail des solutions s'est considérablement élargi ces dernières années, avec l'essor des ETF et la démocratisation des marchés non cotés."
Voici un panorama détaillé des placements dont la caractéristique principale est d'être peu, voire totalement, décorrélés des fluctuations des marchés financiers traditionnels.
Investissement forestier : l'alliance du naturel et du durable
L'engouement actuel pour les bois et forêts ne doit pas masquer les exigences financières de ce secteur. Acquérir directement un lopin de forêt nécessite des moyens substantiels, comme en témoigne cet exemple concret : un bouquet de hêtres de 22 hectares en Haute-Saône est proposé à 395 000 euros.
Pour les budgets plus modestes, les groupements forestiers d'investissement (GFI) offrent une alternative accessible dès 1 000 euros. Dans ce cadre, une société de gestion spécialisée acquiert et exploite les arbres pour le compte des investisseurs. Aux côtés des acteurs historiques comme La Forestière et France Valley, des spécialistes comme Sogenial, EpicureAM ou Vatel Capital se sont positionnés sur ce créneau.
"Les particuliers investissant dans un GFI sont animés par une double motivation", observe Guillaume Eyssette, directeur associé du cabinet Gefinéo. "Ils souhaitent devenir copropriétaires d'actifs naturels vertueux tout en bénéficiant d'une décorrélation par rapport aux marchés financiers."
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le prix moyen à l'hectare des forêts françaises est passé de 2 300 euros en 1999 à 4 700 euros en 2023. Plus remarquable encore, cette valorisation a continué sa progression lors de la crise financière de 2008 et de la pandémie de 2020, alors que les Bourses mondiales connaissaient des corrections sévères.
Les avantages fiscaux constituent un argument supplémentaire :
- Réduction d'impôt sur le revenu de 18% du montant investi (sous condition de conservation minimale de 5 ans et demi)
- Exonération de l'impôt sur la fortune pour les montants investis
- Abattement de 75% sur la valeur transmise aux héritiers (après détention d'au moins 2 ans)
Le rendement annuel moyen se situe généralement entre 4 et 5%, avant imposition.
Entreprises non cotées : le pari sur l'économie réelle
Les PME et ETI non cotées ont régulièrement besoin de financements pour assurer leur croissance et leur pérennité. Elles émettent pour cela des actions (capital-investissement) ou des obligations (dette privée).
L'offre s'est considérablement enrichie avec l'essor récent des fonds ELTIF (European long term investment funds), caractérisés par des tickets d'entrée réduits. Ces instruments visent spécifiquement à favoriser l'investissement dans l'économie réelle : infrastructures, PME innovantes, projets de développement durable.
Plus répandus encore, notamment via l'assurance-vie, les fonds communs de placement à risque (FCPR) sont accessibles à partir de 1 000 euros, avec des rendements cibles oscillant généralement entre 6 et 9%.
"L'absence de cotation quotidienne limite significativement la volatilité de ces placements", précise Frédéric Zablocki, senior partner d'Entrepreneur Invest. "Il faut adopter une logique de long terme. Les spéculations à court terme, qui impactent parfois fortement les cours boursiers, ont ici des effets atténués."
Ces investissements présentent cependant certaines contraintes : l'information disponible est moins abondante, nécessitant un conseil avisé, et la liquidité est limitée. La sortie d'investissement intervient généralement après 5 à 6 ans pour la dette privée, et 8 à 10 ans pour le capital-investissement.
Christopher Dembik, conseiller en stratégie chez Pictet AM, recommande : "Privilégiez les fonds diversifiés dans des secteurs générant des flux réguliers de liquidités comme la logistique, l'énergie et la santé, plutôt que ceux concentrés sur l'immobilier."
Une offre particulière mérite attention : les fonds secondaires qui achètent des parts dans plusieurs fonds avec des décotes à l'entrée. "Cette stratégie présente un double avantage", explique Frédéric Zablocki. "Une diversification accrue avec des positions dans des centaines d'entreprises, et une durée de détention réduite à 5 ou 6 ans grâce à l'investissement dans des fonds déjà matures."
L'or : entre valeur refuge et instrument géopolitique
Depuis deux ans, l'or a connu une métamorphose notable, passant de simple valeur refuge à véritable arme géopolitique, avec une appréciation spectaculaire de 125%. Cette dynamique s'explique notamment par les achats massifs des banques centrales de pays comme la Chine, l'Inde ou la Russie, cherchant à renforcer la stabilité de leur monnaie et à réduire leur dépendance au dollar.
"La hausse du cours de l'or a été si forte et si rapide qu'une certaine prudence s'impose", met en garde Grégoire Kounowski, conseiller chez Norman K. Cependant, aucun changement de stratégie majeur n'est attendu de la part de ces grands pays émergents dans un avenir proche.
Christopher Dembik estime que "indépendamment du contexte international, l'or demeure un élément de diversification pertinent. Il est judicieux d'en détenir environ 5% de son patrimoine."
Les particuliers peuvent acquérir de l'or physique auprès de courtiers spécialisés, en veillant à comparer les offres en l'absence de cotation officielle en France. Le stockage sécurisé (coffre-fort personnel ou bancaire) est essentiel.
Pour ceux qui souhaitent éviter les contraintes liées à la détention physique, Alexandre Baradez, responsable d'analyse marché chez IG France, recommande : "La solution la plus simple consiste à acheter un ETF répliquant fidèlement le cours de l'or, à distinguer des produits suivant un panier de sociétés aurifères."
Cryptomonnaies : l'institutionnalisation progressive d'un actif novateur
Après avoir atteint un sommet historique à 126 296 dollars en octobre dernier, le bitcoin a connu des fluctuations importantes, illustrant la volatilité caractéristique de cette classe d'actifs.
"Cette correction semble dépourvue de justification fondamentale et n'a pas affecté les autres catégories d'actifs", observe Alexandre Baradez. "Peut-être s'agit-il d'une prise de conscience des marchés, quand on sait que le bitcoin valait seulement 17 000 dollars il y a trois ans."
Une évolution majeure se dessine cependant : les crypto-actifs comme Bitcoin et Ethereum sont désormais considérés comme des placements à part entière. Le lancement de produits négociés adossés à des cryptomonnaies a favorisé l'afflux de capitaux vers ces actifs numériques.
Bettina Mazzocchi constate : "L'adoption croissante par certains investisseurs institutionnels, l'évolution des cadres réglementaires et le développement d'infrastructures de marché adaptées contribuent à leur généralisation progressive."
Compte tenu de leur volatilité intrinsèque, l'intégration des cryptomonnaies dans un portefeuille doit rester mesurée, sous forme de composante minoritaire au sein d'une stratégie de diversification bien pensée.



