Depuis la mort du petit Fayed, en 2023, le quartier Pissevin à Nîmes est devenu un désert commercial. Les commerçants encore en activité tirent la sonnette d'alarme et dénoncent une situation qui menace leur survie. Malgré la construction de nouveaux locaux, la plupart des boutiques restent fermées, et l'espoir d'un renouveau s'amenuise.
Une galerie marchande à l'agonie
Dans la galerie Marcel Sant, à Trait d'Union, le silence est assourdissant. Un matin de septembre, seules les voix d'une demi-douzaine d'hommes attablés autour de cafés rompent la quiétude. Le samedi, jour habituellement animé, le quartier est quasi désert. « Cela fait plus de deux ans que ça dure, et si ça ne change pas vite, ça va mal finir », confie un commerçant.
Le patron du tabac, l'un des deux commerces encore ouverts avec un voyagiste, sert les cafés. À côté, un snack, une boulangerie et le poste de police sont fermés depuis l'incendie volontaire qui a visé ce dernier il y a deux ans. Les commerces n'ont jamais rouvert.
Des commerçants victimes collatérales
Rachid Ezine, boulanger, devait ouvrir son commerce en septembre 2024. « Ils ont foutu le feu 10 jours avant », déplore-t-il. Il travaillait auparavant dans la galerie Wagner, détruite dans le cadre de la rénovation urbaine de l'Anru. Mais pour Boudhiba Lahmar, coiffeur, « ce n'est pas cet incendie qui a fait fuir les gens, ça a commencé bien avant ». Depuis la mort de Fayed, 10 ans, tué lors d'une fusillade en 2023, « plus personne ne sort, plus personne ne vient dans le quartier ».
Boudhiba, qui a commencé son métier il y a quarante ans à Valdegour, puis à la galerie Wagner, a vu son activité décliner. « Pourtant simple, je suis coiffeur », explique-t-il. Le narcotrafic, la délinquance et la pauvreté ont eu raison de son salon, placé en liquidation judiciaire quelques mois après le lancement du chantier de la résidence Kennedy-Sud.
Un avenir incertain malgré les nouveaux locaux
Le bâtiment Kennedy-Sud, qui doit compter 73 logements, dont 23 sociaux, ainsi qu'une pharmacie et une dizaine de commerces, n'est toujours pas terminé. L'ouverture, initialement prévue à la mi-2026, est repoussée. Les commerçants, fragilisés, craignent de ne pas pouvoir s'installer dans ces nouveaux locaux. Boudhiba a enregistré une nouvelle société pour espérer poursuivre ses démarches, mais son projet reste compromis.
« Il faut que la SPL Agate comprenne que ce que nous vivons, ce n'est pas comme ailleurs », insiste Rachid Ezine. « Tout ce que je veux depuis le début, c'est travailler, tout simplement », ajoute Boudhiba. « J'ai beaucoup investi pour rester dans ce quartier, c'est le mien, mais si les pouvoirs publics ne continuent pas à aider les commerçants, il n'y aura plus rien de bon ici. »
La nouvelle municipalité, dernier espoir
Les commerçants placent « beaucoup d'espoir » dans la nouvelle municipalité de gauche, « l'ancienne équipe n'est jamais venue nous consulter ». Après une première entrevue en juin, cinq d'entre eux sont revenus dans le bureau de la première adjointe, Amal Couvreur, le 28 septembre dernier. « Ces professionnels sont de vrais animateurs du territoire, comme les pharmaciens. S'ils disparaissent, c'est l'échec pour tout le monde », soutient l'élue.
La municipalité a demandé à la SPL Agate de faciliter l'installation des commerçants. Concernant le salon de coiffure liquidé, « on s'en occupe sérieusement, on est en train de négocier pour trouver une solution juridiquement viable », assure Amal Couvreur. L'adjointe se dit consciente des difficultés exceptionnelles qui touchent ces professionnels depuis des années.