La mondialisation résiste-t-elle vraiment aux crises ? Le débat sur la démondialisation
Mondialisation vs démondialisation : le débat persiste malgré les crises

La mondialisation à l'épreuve des crises : mythe ou réalité d'un recul ?

« L'épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation », déclarait Bruno Le Maire, alors ministre de l'Économie, en mars 2020. En pleine période de confinements, de fermetures de frontières et de pénuries de masques et de matériel médical, l'ancien locataire de Bercy n'était pas isolé dans sa réflexion. Nombreux étaient ceux qui pensaient que la crise sanitaire marquerait un tournant décisif dans l'histoire du libre-échange et des échanges internationaux.

Une vision critique de l'intégration économique mondiale

Rana Foroohar, éditorialiste économique renommée du Financial Times, a ainsi écrit : « la crise financière de 2008-2009, la pandémie et la guerre en Ukraine ont mis en lumière les vulnérabilités du système ». Dans son ouvrage Homecoming : The Path to Prosperity in a Post-Global World (Crown, 2022), elle conclut que la mondialisation a atteint son apogée et commence à reculer. À sa place, un monde plus régionalisé, voire plus localisé, serait en train d'émerger, selon ses analyses.

Avec l'enchaînement des chocs géopolitiques qui ont marqué les années 2020, de nombreux éditorialistes, chercheurs et intellectuels se demandent si l'humanité n'est pas entrée dans une nouvelle ère de « démondialisation ». Ce concept, traduit de l'anglais « deglobalization », désigne un recul du niveau d'intégration de l'économie mondiale et un retour aux frontières ainsi qu'aux dynamiques locales.

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Des voix sceptiques face à la thèse de la démondialisation

Pourtant, d'autres experts se montrent beaucoup plus circonspects, voire critiques, envers cette idée. Pour l'économiste Richard Baldwin, le récit d'un déclin de la mondialisation est « excessivement simpliste ». Il met en garde contre les généralisations hâtives qui pourraient occulter la complexité des mécanismes économiques actuels.

Simon J. Evenett, professeur de géopolitique et de stratégie à l'IMD, abonde dans ce sens. Selon lui, la thèse d'une démondialisation « repose sur des fondements factuels très fragiles ». Il souligne le manque de données solides pour étayer une telle affirmation, invitant à une analyse plus nuancée des tendances observées.

Le rapport DHL qui contredit la démondialisation

Cette guerre des interprétations pourrait bien être tranchée par la dernière édition du « DHL Global Connectedness Report », publiée ce mois-ci. Réalisé par l'entreprise de logistique allemande DHL en collaboration avec des chercheurs de la New York University's Stern School of Business, ce rapport évalue l'évolution de la mondialisation à l'aide d'un index de connectivité mondiale.

Cet index mesure, pour chaque pays, l'intensité de ses échanges internationaux et la diversité géographique de ses partenaires. Les deux auteurs principaux, le professeur Steven A. Altman et l'économiste et statisticienne Caroline R. Bastian, s'appuient sur un ensemble inédit de 9 millions de données fournies par le transporteur.

Ces données permettent d'observer la trajectoire des flux commerciaux, de capitaux, d'informations et de personnes entre 2001 et 2025. Leur conclusion est sans appel : empiriquement, la démondialisation ne se vérifie pas. Les chiffres montrent une résilience des échanges internationaux malgré les crises successives, remettant en question les prédictions d'un repli généralisé.

Ce rapport relance donc le débat sur l'avenir de la mondialisation, en apportant des éléments concrets qui contredisent les théories les plus alarmistes. Il invite à une réflexion plus approfondie sur la nature et la pérennité des interconnexions économiques à l'échelle planétaire.

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