La Cour des comptes préconise, dans un rapport publié le 30 septembre 2026, de contraindre chaque généraliste libéral à suivre un seuil minimal de patients. Vingt ans après sa création, le dispositif du « médecin traitant » laisse 6,3 millions de Français sans suivi, malgré un coût annuel de 1,2 milliard d’euros.
Un dispositif « essentiel » mais « perfectible »
Vingt ans après son déploiement, le « médecin traitant » est un dispositif « essentiel » mais « perfectible », a jugé mercredi 30 septembre la Cour des comptes. La Cour propose dès lors de contraindre chaque généraliste à suivre un seuil « minimal » de patients, et de modifier les modes de rémunération pour « inciter » davantage à endosser ce rôle.
Introduit dans la loi en 2004, le médecin traitant est aujourd’hui la « porte d’entrée du système de santé » : il « oriente » les malades, favorise la « coordination des soins » et évite « les consultations spécialisées inutiles », dans un pays confronté à une hausse des besoins et des dépenses de santé (vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques…) et à une pénurie de médecins, rappelle la Cour dans un rapport publié mercredi. Il participe à la « maîtrise des coûts », l’amélioration de la « pertinence et la qualité des soins », souligne-t-elle.
Un médecin généraliste sur deux seulement joue ce rôle
Mais « seulement la moitié des 100 000 médecins généralistes en exercice recensés en 2024 » exercent ce rôle et parmi les 53 200 généralistes libéraux, 8 500 « n’ont pas (ou très peu) d’activité de médecin traitant ». Ils sont aussi « inégalement répartis » : il y a 65 médecins traitants pour 100 000 habitants au niveau national mais seulement 25 en Guyane ou 30 en Seine-Saint-Denis, contre 103 dans les Hautes-Alpes. Paradoxalement, les généralistes installés en milieu rural – moins nombreux – endossent plus facilement ce rôle que ceux des centres urbains.
Aujourd’hui, 6,3 millions d’assurés n’ont pas de médecin traitant, avec une sur-représentation de publics fragiles (précaires, résidents d’Ehpad…). Et un patient sur cinq ne voit pas son médecin traitant dans l’année, déplore le rapport.
Huit recommandations pour renforcer le dispositif
Parmi huit recommandations, la Cour suggère de contraindre chaque généraliste libéral à suivre « un seuil minimal de patientèle en tant que médecin traitant ». Elle propose aussi d’enrichir les données sur leurs effectifs et activités, insuffisantes pour piloter efficacement le dispositif, et d’élargir la « liste des publics vulnérables » pour lesquels la couverture doit être prioritairement renforcée.
En 2024, le dispositif a coûté 1,2 milliard d’euros, entre forfaits versés aux médecins pour leur patientèle suivie et rémunération sur objectifs de santé publique (vaccinations réalisées, dépistages…). Mais 80 % des revenus des généralistes proviennent toujours du paiement à l’acte, note la Cour, appelant à « augmenter », via des accords entre Assurance maladie et syndicats représentatifs, « le poids des rémunérations forfaitaires, plus favorables au développement des missions de prévention et de suivi ».
Elle appelle aussi à soutenir financièrement les cabinets de groupe, développer largement les outils numériques à disposition des praticiens, et les enseignements liés à ce rôle pendant les études médicales. Ces mesures visent à répondre à la pénurie de médecins et à garantir un accès aux soins pour tous les assurés.