Marseille ne dispose que de neuf bibliothèques municipales pour plus de 880 000 habitants, soit un ratio de 1,14 établissement pour 100 000 habitants, un niveau très inférieur à celui d'autres grandes villes françaises, selon les données publiées par Marsactu.
La cité phocéenne accuse un retard historique dans l'équipement de son réseau de lecture publique. À titre de comparaison, Paris compte plus de 70 établissements municipaux, Lyon en possède 16 répartis dans ses neuf arrondissements (soit 3,2 pour 100 000 habitants), Montpellier peut s'appuyer sur quinze structures et Strasbourg dispose d'une trentaine de bibliothèques et médiathèques.
Un sous-investissement historique pointé du doigt
« On est totalement sous-doté en comparaison avec des villes similaires », témoigne Denise, agente spécialisée dans le secteur jeunesse depuis vingt-six ans. Selon elle, seulement 6 % des Marseillais sont inscrits dans une bibliothèque, alors que la moyenne nationale se situe entre 12 et 15 %. « On est en retard depuis trente ans », abonde Damien, bibliothécaire marseillais.
Ce déficit trouve son origine dans les mandats de Jean-Claude Gaudin, maire de 1995 à 2020. Dès 2015, un rapport de l'inspection générale des bibliothèques déplorait un « réseau cruellement déficient, à rénover et à étoffer ». « Le déficit du nombre de bibliothèques est lié à un sous-investissement historique », rappelle Gwenaël Richerolle, adjoint au maire délégué au patrimoine culturel et aux équipements culturels.
Des promesses non tenues et des conditions de travail dégradées
L'arrivée du Printemps Marseillais en 2020, avec la promesse d'une bibliothèque par arrondissement, avait suscité des espoirs. En 2023, l'adjoint à la culture Jean-Marc Coppola (PCF) annonçait l'embauche de 50 personnes par an jusqu'en 2026 pour renforcer les équipes. « La première année, 40 personnes ont été embauchées. Et depuis, plus rien », déplore Denise, qui alerte sur les 90 départs à la retraite prévus prochainement.
En cette rentrée 2026, la déception est vive devant l'Alcazar, l'établissement central du quartier de Belsunce. Les agents ont déjà fait grève deux samedis consécutifs. « Une bibliothèque sans bibliothécaire, c'est un meuble », clame une pancarte. Parmi les revendications : des budgets en baisse pour les acquisitions de livres et les actions culturelles. « On nous parle de réorganisation, mais c'est un joli mot pour parler de dégradation », regrette Damien. « Il y a une perte de sens », s'inquiète Denise, qui dénonce une « déqualification » du métier.
Les 279 agents et les usagers doivent également composer avec des bâtiments qui se dégradent : pannes d'ascenseur, climatisation coupée, punaises de lit. Autant de fermetures intempestives qui pèsent sur le réseau. Thomas, quadragénaire marseillais, doit se déplacer jusqu'au centre-ville depuis le 7e arrondissement pour emprunter un livre. Martin, amateur de bandes dessinées, se rend systématiquement à l'Alcazar, même si une bibliothèque existe dans son quartier, celle des Cinq-Avenues (4e arrondissement). « C'est une bibliothèque pour 100 000 habitants, de 200 mètres carrés au troisième étage d'une impasse, et régulièrement les ascenseurs ne fonctionnent pas », grince Damien. « Le maillage est très insuffisant. »
Un plan d'investissement en préparation
Interrogée par 20 Minutes, la Ville de Marseille assure qu'un « dialogue régulier » est engagé avec les syndicats et les agents, et rappelle son ambition « constante » d'une bibliothèque par arrondissement. « Mon objectif, c'est de regarder, établissement par établissement, les besoins et l'offre de service que l'on souhaite développer sur les prochaines années », souligne Gwenaël Richerolle.
Un plan 2024-2027, doté de 6,5 millions d'euros, a déjà été voté pour rénover les bâtiments. La médiathèque de Bonneveine (8e arrondissement) est fermée jusqu'en janvier pour travaux, et un nouvel établissement doit ouvrir au printemps 2027 dans le quartier de la Belle-de-Mai (3e arrondissement). Le prochain plan bibliothèque 2027-2032 est en cours de préparation. « On va le construire avec les partenaires sociaux, les agents et les usagers marseillais », affirme l'élu. « On reconnaît qu'il y a beaucoup de chantiers à mener, mais cela ne peut pas se faire sur le dos des usagers », souffle Denise. « Les Marseillais ont un service au rabais. »