Depuis deux mois, les marins français destinés à des missions au Proche et Moyen-Orient suivent un entraînement intensif sous stress dans une structure sphérique appelée géode, située sur la base navale de Toulon. Ce dispositif, mis en place après l'expérience de la frégate multimissions « Alsace » en février 2024, vise à préparer les équipages à des attaques asymétriques, notamment de drones et de missiles balistiques houthis.
Un entraînement réaliste et exigeant
Le 18 juin 2026, huit artilleurs de l'équipage A de la frégate multimissions (FREMM) Languedoc ont été dispensés des commémorations du 86e anniversaire de l'Appel du 18 juin 1940 pour participer à ces travaux pratiques sous stress. Le navire doit appareiller en août prochain, très probablement pour le Moyen-Orient, où la crise du détroit d'Ormuz est dans tous les esprits.
« Ces travaux pratiques sous stress ont été pensés à partir de janvier dernier. Mais dans les faits, ils ne sont proposés aux marins concernés que depuis deux mois environ. C'est encore nouveau. La principale difficulté est de reproduire le stress auquel les marins seront soumis en cas d'attaque asymétrique. Pour les sortir de leur zone de confort, on leur fait monter le cardio et on les charge cognitivement avec du bruit, une saturation des menaces », explique le capitaine de corvette Fabien, de la division entraînement à la Force d'action navale (FAN).
Une préparation en deux phases
L'entraînement débute par 20 à 30 minutes de « préfatigue » avec des professeurs de sport militaires. Les marins enfilent ensuite une cagoule ignifugée et entrent dans la géode, où ils prennent position sur des Miniguns (7,62 mm), mitrailleuses de 12,7 mm et canons de 20 mm. L'écran hémisphérique projette des menaces : embarcations, drones de surface ou aériens, tandis que des bruits de canonnade, d'avions de combat et des cris de blessés créent une saturation cognitive.
Lors du premier passage, la communication a été défaillante. « Ce premier passage n'a pas été bon du tout. La communication entre le commandant, l'officier de protection, le chef de défense à vue et, au final, les artilleurs n'a pas été fluide. Ça parlait trop fort entre eux, ça s'agitait démesurément. Sans surprise, ils ont pris un impact », analyse le commandant Fabien.
Correction et progression
Après un débriefing en cercle, les marins retournent dans la géode pour un second passage. Les tirs deviennent plus précis : une embarcation menaçante est stoppée net, un panache de fumée s'élève par le tribord arrière. « On a encore commis des erreurs, mais c'est mieux. On a gagné en précision », analyse l'officier de protection. « On n'aurait clairement pas dû engager l'hélicoptère », ajoute un autre marin, reconnaissant une méprise.
Au bout de 50 minutes, l'exercice se termine. Les entraîneurs débriefent : « On a vu du bon et du moins bon. Vous avez mis un peu de temps à rentrer dans l'exercice, sans doute parce que la communication entre vous n'était pas bonne, mais vous avez su corriger. On a observé de la progression et de la motivation. Le gros point fort, quand bien même vous avez commis des erreurs individuelles, c'est votre collectif », déclare l'un d'eux.
Un changement de doctrine
« Vous avez perdu trop de temps à effectuer des tirs d'avertissement. Si une embarcation vous engage en radial, n'hésitez pas : tirez. D'autant plus que vous aviez la délégation de tir », ajoute un autre entraîneur. « On ne s'entraîne jamais comme ça. On a été pris à la gorge dès le début. Ça surprend ! », reconnaît l'officier de protection. « Jusqu'à présent, on était plutôt dans la retenue du feu. Cet exercice est intéressant dans la mesure où il colle peut-être davantage à ce à quoi on pourrait être confronté à l'avenir », commente le premier-maître Baptiste, chef de défense à vue.
Les marins du Languedoc ont jusqu'au mois d'août pour digérer cet entraînement intensif d'un nouveau style, qui pourrait devenir la norme pour toutes les frégates déployées dans des zones à haut risque.



