Emmanuel Macron dénonce une "mauvaise surprise" de la Commission européenne sur l'accord Mercosur
Le président français Emmanuel Macron a exprimé, vendredi 27 février 2026, sa vive opposition à la décision de la Commission européenne d'appliquer de façon provisoire l'accord commercial avec les pays latino-américains du Mercosur. Lors d'une déclaration à l'Élysée à Paris, aux côtés du premier ministre slovène Robert Golob, il a qualifié cette mesure de "mauvaise surprise" pour la France et de "mauvaise manière" envers le Parlement européen.
Une décision unilatérale critiquée
Emmanuel Macron a protesté contre le choix unilatéral de la Commission européenne, soulignant que l'application provisoire de l'accord intervient alors que le Parlement européen ne l'a pas encore voté. "La Commission européenne assume ainsi une très lourde responsabilité", a-t-il déclaré, insistant sur le manque de respect envers les représentants élus et les citoyens européens.
Le chef de l'État a mis en avant les inquiétudes des agriculteurs, particulièrement en France, où cet accord de libre-échange est vivement dénoncé. Il a jugé que cette décision renforce "leur incertitude", ajoutant que les Européens n'ont pas apporté la visibilité nécessaire pour rassurer le secteur agricole.
Engagement ferme sur les règles agricoles
Emmanuel Macron a promis de veiller au respect des règles durement négociées pour encadrer les échanges agricoles avec le Mercosur. "Nous serons intraitables sur le respect de ces règles", a-t-il affirmé, dénonçant un accord qu'il considère comme laxiste sur les importations et dur sur la production locale. Selon lui, cette incohérence est préjudiciable pour le consommateur européen et criminelle pour la souveraineté européenne.
Réactions politiques et syndicales
La ministre de l'agriculture, Annie Genevard, a également exprimé ses regrets, estimant que la décision de la Commission européenne ne respecte pas la volonté du Parlement européen. Elle a dénoncé une mesure "très préjudiciable" à l'esprit des institutions européennes.
Du côté des syndicats agricoles, la réaction a été vive. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a qualifié la décision de "déni de démocratie", accusant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de s'asseoir sur le Parlement et la Cour de justice de l'Union européenne. Il a appelé Emmanuel Macron à réagir fortement, soulignant que cette situation éloigne l'Europe de l'idéal de construction européenne défendu par son syndicat.
Mobilisation du monde agricole européen
Le principal lobby agricole européen, le Copa-Cogeca, a annoncé se réunir prochainement pour décider de la réponse à apporter, affirmant que la situation n'est "acceptable" ni hier, ni aujourd'hui, ni demain. Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs (JA), a exprimé sa "colère" et sa "stupeur", qualifiant l'événement de "petit séisme en Europe" et prévoyant une réaction vigoureuse du monde agricole.
François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, a parlé de "trahison supplémentaire", estimant que la France n'a plus de poids face à l'Allemagne dans les décisions européennes. Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne, a critiqué la prise de pouvoir de la Commission européenne et l'isolement du Parlement, comparant la situation à la politique de Donald Trump.
Contexte juridique et procédures
Le Parlement européen avait saisi la justice de l'UE pour vérifier la conformité de l'accord avec les traités européens, une procédure qui devait prendre plusieurs mois. Cependant, la Commission européenne a utilisé la possibilité d'appliquer l'accord temporairement après la ratification par l'Argentine et l'Uruguay, membres du Mercosur, intervenue jeudi.
Cette décision provisoire soulève des questions sur l'équilibre des pouvoirs au sein de l'Union européenne et sur l'avenir des relations commerciales avec l'Amérique latine, dans un contexte de tensions agricoles persistantes.



