La confiance des investisseurs américains envers la France s'effrite dangereusement
Le marché du travail jugé trop rigide, une fiscalité élevée, des carcans administratifs persistants... Les failles françaises sont désormais bien connues des investisseurs outre-Atlantique. Bien qu'ils demeurent les premiers employeurs étrangers sur le territoire national, leur confiance vis-à-vis de l'Hexagone s'érode significativement. Il faut dire qu'entre le charivari budgétaire récurrent, les propositions de nouvelles taxes rocambolesques ou encore la récente dégradation de la note souveraine par l'agence S&P, l'année 2025 aura apporté son lot d'incertitudes et de turbulences économiques.
Un baromètre annuel qui révèle un pessimisme croissant
Fidèles à leur rituel annuel bien établi, la Chambre de commerce américaine en France (AmCham) et le prestigieux cabinet de conseil Bain & Company ont minutieusement sondé les investisseurs américains implantés dans l'Hexagone sur leur vision actuelle du pays. Pour cette vingt-sixième édition de leur baromètre référence, le tableau s'assombrit considérablement et se teinte de préoccupations. Premier choc révélateur : moins d'un tiers d'entre eux évoquent aujourd'hui une perception positive par leur maison mère américaine par rapport aux autres destinations européennes potentielles. Il s'agit tout simplement du taux le plus bas enregistré depuis l'année 2017, marquant une nette tendance à la défiance.
Et ce scepticisme prononcé semble malheureusement s'inscrire dans la durée, avec pas moins de 41% des dirigeants sondés anticipant activement une détérioration sensible du contexte économique de leur secteur spécifique dans les deux à trois prochaines années. Le résultat est sans appel : un attentisme prudent qui freine mécaniquement les nouveaux projets d'investissement et les augmentations d'effectifs tant attendues.
Des faiblesses structurelles françaises qui s'aggravent avec le temps
Parmi les principaux facteurs déterminants qui guident traditionnellement les décisions stratégiques d'investissement, le rapport exhaustif cite notamment le contexte macroéconomique global, la stabilité politique indispensable, la sécurité juridique des biens, le coût compétitif et la qualification élevée de la main-d'œuvre. Seul hic majeur, et de taille : "quatre de ces cinq critères essentiels ne font malheureusement pas partie des points forts actuels de la France", soulève avec franchise Marc-André Kamel, directeur associé chez Bain et vice-président actif d'AmCham France. Au cours des quinze dernières années, plusieurs de ces fragilités structurelles profondes se sont même aggravées, creusant un écart préoccupant.
Le constat dressé n'en est que plus amer et sévère au moment crucial de comparer Paris à ses voisins européens directs. En effet, notre pays ne figure aujourd'hui dans aucun trio de tête des quatre critères fondamentaux sondés : le contexte économique favorable, le capital humain qualifié, la fiscalité attractive et la qualité de vie enviable. "Ne pas travailler activement et capitaliser intelligemment sur notre socle historique d'attractivité français laisse la porte grande ouverte à d'autres pays concurrents pour nous prendre nos précieux partenaires", signale avec inquiétude Marc-André Kamel.
L'Allemagne et d'autres nations européennes tirent leur épingle du jeu
En termes de contexte économique porteur et de capital humain performant, c'est d'abord et avant tout l'Allemagne qui domine largement le paysage. En cause principale, "la profondeur exceptionnelle de son tissu industriel diversifié, sa capacité reconnue à investir massivement dans l'innovation et son écosystème de recherche et développement dynamique", selon les analyses détaillées du rapport. Après plusieurs années de pessimisme relatif, les perspectives des entreprises américaines implantées outre-Rhin s'améliorent nettement : près des deux tiers d'entre elles s'attendent désormais à une amélioration tangible des conditions commerciales et d'investissement dans les années à venir.
Autre critère de taille absolument déterminant : la maîtrise opérationnelle de la langue anglaise. Là aussi, le bât blesse sérieusement pour la France. Le classement mondial 2025 réalisé par EF Education First plaçait récemment la France au modeste trente-huitième rang en la matière... loin, très loin derrière l'Allemagne, confortablement installée en quatrième place mondiale.
La fiscalité et la qualité de vie ne sauvent pas la mise française
Sans grande surprise, les coûts opérationnels et la fiscalité globale ne sont décidément pas non plus à notre avantage compétitif. L'Irlande dynamique - qui affiche un taux d'impôt sur les sociétés parmi les plus faibles et attractifs d'Europe -, la Suisse stable et le Luxembourg performant sont largement plébiscités sur ce point sensible. Même sur la qualité de vie - pourtant historiquement un de ses principaux atouts distinctifs - l'Hexagone ne figure plus sur le podium européen, désormais dépassé par l'Italie ensoleillée, l'Espagne dynamique et la Suisse organisée, dans le même ordre exact que l'an dernier déjà.
Une désaffection qui touche plus largement le Vieux Continent
Las, cette disgrâce relative touche en réalité plus largement l'ensemble du Vieux Continent européen. En juin dernier, le baromètre EY de l'attractivité internationale relevait qu'en 2024, le nombre de projets annoncés par les investisseurs américains en Europe avait diminué de 11% sur l'année et de 24% par rapport à 2022 seulement. Dans leur ensemble complet, les flux directs d'investissements étrangers vers le continent ont atteint leur plus bas niveau préoccupant en neuf longues années. En cause multifactorielle, des perspectives de croissance économique plus faibles, des turbulences géopolitiques accrues, des coûts énergétiques élevés persistants ou encore une réglementation complexe et changeante. Et pendant ce temps crucial, on attend toujours avec impatience que le rapport Draghi stratégique soit enfin mis en œuvre concrètement.



