À Sérignan, des milliers d'étourneaux se sont installés sur les platanes de la Promenade début août 2026, provoquant des nuisances inédites pour les commerçants du secteur. Plusieurs restaurateurs ont vu leur activité chuter de 20 à 50 %, et certains ont dû fermer plus tôt que d'habitude. Ils dénoncent l'inaction de la mairie, qui se défend en invoquant une arrivée anticipée des oiseaux et des moyens limités.
Une chute de fréquentation spectaculaire pour les restaurateurs
Céline Aussenac, patronne du Bar du Centre, témoigne : « Fin août, j’ai dû fermer à 19 h 30, contre 22 h habituellement, car il n’y avait plus personne. La dernière semaine d’août, ma clientèle a baissé d’au moins 50 %. Je n’ai pas encore le bilan final de l’été, mais ce que nous avons vécu est terrible ». Installée depuis 21 ans sur la Promenade, elle n'avait jamais connu un tel problème avec les oiseaux.
Jérémy Benouaich, patron du restaurant Le Patio d’Oc, situé sur l’allée de la République, observe une baisse de fréquentation « d’au moins 20 à 30 % comparé à l’an dernier ». Il s'exclame : « Si les gens se font chier dessus, c’est normal qu’ils ne veuillent plus venir ! » Les fientes ont même atteint les assiettes des clients, entraînant des avis négatifs sur Google.
Des solutions controversées et des tensions avec la mairie
La mairie, alertée à partir du 10 août, a répondu début septembre en s'engageant à nettoyer la place, mais les commerçants jugent cette réaction insuffisante. Jérémy Benouaich a envoyé « une dizaine de mails à la mairie » sans réponse, et réclame une compensation financière : « Un seul parasol à changer me coûte 3 500 euros. Et je donne 10 000 euros de foncier par an à la mairie pour l’occupation de la place ».
Face à la situation, la municipalité a commandé un effarouchement auprès de la fauconnerie Puzin, basée en Isère. Réalisés du 14 au 18 septembre, ces effarouchements ont utilisé des méthodes controversées, dont le tir au pistolet à billes sur les oiseaux. Yann Geshors, naturaliste et coordinateur auprès de l’association Sauvegarde Hérault littoral, déplore : « Ils ont tiré et ont tué plusieurs oiseaux. J’ai été choqué d’assister à ça ». Christophe Puzin, gestionnaire de la fauconnerie, défend ses méthodes : « Quand des restaurateurs sont à deux doigts de fermer à cause des fientes toxiques des étourneaux, je ne sais pas si la priorité, c’est la sauvegarde d’une espèce nuisible ».
Des causes environnementales et des perspectives pour 2027
Yann Geshors explique que les étourneaux, qui migrent normalement vers l'Afrique du Nord à l'automne, sont restés à cause des fortes chaleurs. Il souligne que l'abattage des haies aux abords des villes a forcé les oiseaux à se replier sur les arbres du centre-ville. Il recommande de recréer des haies pour offrir des alternatives de sommeil aux oiseaux.
La mairie de Sérignan se défend : « Les étourneaux sont arrivés avec trois semaines d’avance. On ne peut pas tout prévoir et notre capacité de réaction reste limitée ». Elle invite les commerçants à se former en association « pour faciliter les échanges » et affirme vouloir « prendre ses dispositions pour mieux prévoir » pour la saison 2027. Le débat sur la cohabitation avec les étourneaux promet de se poursuivre dans les villes du sud de la France.