L'Europe face au défi de sa souveraineté économique : la fin des certitudes libérales
Europe : la fin des certitudes libérales face aux défis économiques

L'Europe confrontée à la remise en cause de son modèle économique historique

Pendant plusieurs décennies, le continent européen a largement bénéficié de l'ouverture progressive des marchés à l'échelle internationale. En suivant scrupuleusement la logique bien établie des avantages comparatifs, l'Europe s'est spécialisée avec succès dans ses domaines d'excellence tout en important massivement les produits que d'autres régions du monde pouvaient fabriquer à des coûts significativement plus bas. Cette recette économique, qui a longtemps fonctionné de manière optimale, repose cependant sur deux conditions fondamentales et incontournables : elle suppose d'abord que tous les partenaires commerciaux respectent rigoureusement les règles du jeu établies, et elle exige ensuite que ces interdépendances économiques complexes ne soient jamais utilisées comme des armes stratégiques ou géopolitiques.

La rupture des équilibres commerciaux traditionnels

Or, ces deux conditions essentielles se trouvent aujourd'hui profondément remises en cause et ébranlées. La politique économique agressive de l'« America first », promue par les États-Unis, s'appuie principalement sur un opportunisme à très court terme et sur une volonté affirmée de domination géopolitique mondiale : elle tire systématiquement parti du pouvoir de marché colossal des États-Unis, souvent au détriment direct de leurs partenaires commerciaux historiques. Quant à la politique commerciale de la Chine, celle-ci s'éloigne elle aussi progressivement, mais de manière tout aussi significative, des idéaux traditionnels de marchés véritablement libres et ouverts, comme viennent de le démontrer clairement les récentes interdictions frappant les exportations stratégiques de puces électroniques avancées et de terres rares indispensables.

La réhabilitation des politiques industrielles volontaristes

Pendant une longue période, le choix courageux de l'Europe de réagir face à ces défis par le développement d'une politique industrielle résolument volontariste a été sévèrement critiqué et souvent mal perçu. Les gouvernements nationaux n'étaient traditionnellement pas censés « choisir les gagnants » économiques ou intervenir directement dans les mécanismes du marché. Cependant, la situation a radicalement changé, car aujourd'hui, même des institutions internationales prestigieuses comme le Fonds monétaire international reconnaissent officiellement que cette stratégie proactive peut porter ses fruits et s'avérer nécessaire, notamment pour remédier efficacement aux interdépendances critiques et aux risques inquiétants de concentration excessive qui mettent sérieusement en péril la sécurité économique continentale.

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De nombreuses entreprises européennes, dans leurs politiques d'achat quotidiennes, ne tiennent en effet pas suffisamment compte de leurs liens de dépendance macroéconomique profonde, devenant ainsi plus vulnérables aux chocs extérieurs. Avant l'année cruciale de 2022, les importations européennes de gaz naturel n'étaient pas suffisamment diversifiées, mais on observe également dans certains secteurs stratégiques – notamment dans la microélectronique de pointe, les matières premières critiques ou les médicaments essentiels – des concentrations préoccupantes du marché qui créent des situations propices au chantage économique.

Les solutions concrètes pour renforcer l'autonomie stratégique

Dans les cas précités, des exigences claires de contenu local peuvent s'avérer particulièrement pertinentes afin d'orienter progressivement la demande vers des biens produits directement en Europe. Le concept du « Buy European » (« acheter européen ») peut également jouer un rôle déterminant et positif sur le front climatique, par exemple dans le cas emblématique des voitures électriques fabriquées en Europe, qui sont généralement moins néfastes pour le climat que celles importées d'Asie si l'on tient compte sérieusement des émissions de CO₂ importantes liées au transport maritime international.

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Il en va exactement de même en matière stratégique d'achats publics, lorsqu'il s'agit de créer un marché de référence solide pour l'acier dit « vert », c'est-à-dire produit sans utilisation de combustibles fossiles polluants, utilisé par exemple dans la construction d'infrastructures routières ou ferroviaires durables. Cette approche permet de concilier objectifs économiques, environnementaux et stratégiques dans une vision cohérente de souveraineté européenne.