Les ETF actifs : la révolution qui brouille la frontière entre gestion passive et active
ETF actifs : la révolution financière qui fusionne gestion passive et active

La frontière entre gestion passive et active s'estompe avec l'essor des ETF actifs

Les termes semblent à première vue antinomiques. Les ETF (Exchange Traded Funds) ont historiquement été conçus pour répliquer fidèlement des indices boursiers, qu'ils soient géographiques ou sectoriels, ce qui a valu à leur gestion le qualificatif de passive. À l'opposé, la sélection directe de titres par les gérants au sein de fonds communs de placement est traditionnellement qualifiée d'active. Cette frontière bien établie est en train de s'effacer grâce à l'émergence des ETF actifs, une innovation majeure dans le paysage financier.

Une enveloppe juridique aux possibilités élargies

« Un ETF n'est en réalité qu'une enveloppe juridique caractérisée par sa cotation en bourse, sa négociation continue et son prix connu », explique Nicolas Chaput, directeur général d'Oddo BHF AM. « Historiquement, cette enveloppe servait à répliquer des indices. Désormais, elle permet d'encapsuler une stratégie active – que ce soit du stock picking ou une sélection d'ETF – dans un véhicule coté en bourse. » Cette évolution représente un changement de paradigme pour l'industrie de la gestion d'actifs.

Trois raisons majeures expliquent cet engouement

Pourquoi recourir à des ETF dans une démarche de gestion active ? « Le format ETF correspond parfaitement à la demande des investisseurs institutionnels, des distributeurs – banques privées, family offices, conseillers en gestion de patrimoine – et, de plus en plus, des particuliers », précise Nicolas Chaput. Ces acteurs souhaitent pouvoir acheter ou vendre des fonds instantanément à un prix transparent.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram
  • Des frais réduits : selon Morningstar, les frais moyens s'élèvent à 0,27 % pour les ETF passifs et 0,37 % pour les ETF actifs, contre 1,32 % pour les fonds communs de placement traditionnels.
  • Une liquidité supérieure et une accessibilité facilitée.
  • L'environnement macroéconomique et géopolitique volatil post-Covid exige une rotation plus fréquente entre les styles de gestion (croissance ou valeur). « Il devient de plus en plus complexe de naviguer sur les marchés mondiaux avec une simple gestion stock picking », ajoute Nicolas Chaput.
  • Une meilleure diversification des portefeuilles, permise par la structure même des ETF.

Une ruée générale des sociétés de gestion

Pour se démarquer et renouer avec leur cœur de métier initial, toutes les grandes maisons se sont engouffrées dans cette brèche. Dans le domaine obligataire, Axa IM vient de lancer un ETF actif sur les obligations euro, tandis que Goldman Sachs en propose trois sur l'Europe. Pour consolider sa position, Goldman Sachs a récemment racheté Innovator Capital Management.

Coté actions, Oddo BHF AM a créé trois ETF actifs :

  1. Un ETF US Equities visant à surperformer le S&P 500 via une stratégie de stock picking.
  2. Un ETF Global Equities constitué à partir d'une sélection d'ETF actions passifs.
  3. Un ETF Global Asset Allocation construit à partir d'ETF et d'ETP couvrant toutes les classes d'actifs (actions, obligations, matières premières). « Notre valeur ajoutée réside dans l'allocation et la sélection des ETF. Sur un univers d'environ 3 000 ETP retenus pour leur liquidité, nous en sélectionnons 20 à 30 », détaille l'équipe.

Franklin Templeton, déjà présent sur les ETF actifs obligataires depuis 2018, a lancé en novembre son premier ETF actif sur les actions pour les investisseurs européens.

Un marché en pleine expansion

En Europe, le marché des ETF actifs a doublé de taille en un an, atteignant plus de 77 milliards d'euros. Il ne représente encore que 3 % du marché européen des ETF (contre 10,2 % aux États-Unis), mais capte 7 % des flux. Selon Janus Henderson Investors, il pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars d'ici quatre ans en Europe, soit 25 à 30 % du marché des ETF d'ici 2030.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

JP Morgan domine ce marché naissant avec une part de 56 %, suivi de Fidelity (11 %) et Pimco (7 %). Viennent ensuite HSBC et Robeco, ce dernier ayant franchi le cap du milliard d'euros d'actifs sous gestion un an après le lancement de ses six ETF actifs (cinq actions et un obligataire).

Une croissance rapide et un changement radical

La croissance est spectaculaire. Au premier semestre 2025, la moitié des ETF lancés dans le monde étaient actifs, selon le cabinet ETFGI. Il y aurait désormais plus d'ETF actifs que d'ETF passifs aux États-Unis. « Il s'agit d'un changement radical pour l'ensemble du secteur », estime Charles-Henri Hermann, directeur du développement France de Janus Henderson Investors. Reste maintenant aux ETF actifs à démontrer qu'ils peuvent durablement surperformer leurs homologues passifs, l'ultime défi pour cette innovation financière.