La base hélicoptère de la Sécurité civile de Cannes, d'où décolle Dragon 06, a un nouveau chef : Yves Latuszewski, 62 ans, qui a pris ses fonctions il y a quelques jours. Son credo : « Notre cœur de métier, c'est se préparer, décoller et aller sauver. Moi, je serais au service de ceux qui sont au service des autres », a-t-il déclaré lors de sa prise de fonction officielle. Cet ancien pilote, fort de 21 ans d'expérience à la base d'Ajaccio et de 18 ans dans l'Aviation Civile de l'Armée de Terre, prend la tête d'une équipe dédiée au secours aérien à la personne.
Une chaîne de secours ultra-rapide
Dragon 06, cet hélicoptère jaune et rouge reconnaissable entre tous, vole au secours des victimes dans un rayon de plus de 100 km, couvrant les Alpes-Maritimes, le Var, les Alpes-de-Haute-Provence, Monaco et même les Bouches-du-Rhône. Depuis 2025, l'engin a été remplacé par un appareil plus puissant, basé allée des Mouettes à Cannes La Bocca. En montagne à 2 000 mètres d'altitude, en pleine mer ou parfois au sol, l'appareil file à 125 nœuds pour porter assistance.
« On reçoit les appels du COZ, Centre Opérationnel de Zone à Marseille, lui-même actionné par Samu, Cross Med, pompiers ou unité de secours en montagne », explique Frédéric Vigier, l'un des quatre pilotes qui se relaient 24h/24. « On reçoit aussitôt les éléments géographiques du secours pour savoir quel équipement embarquer, on réactualise la météo. Tout cela prend une minute. Et on décolle, dans les 5 minutes en journée et entre 30 et 40 minutes la nuit. »
Une équipe médicale d'élite à bord
À bord, le tandem pilote et mécanicien de bord est accompagné d'une équipe médicale. « La base de Cannes Mandelieu est la seule à être médicalisée par les médecins des sapeurs pompiers », souligne Thomas Lanoux, médecin chef du SDIS 06. Seuls 15 médecins, sélectionnés rigoureusement et effectuant deux gardes par mois, sont habilités à monter à bord. « Car il faut savoir progresser en milieu hostile : descendre en rappel, avancer en ski de randonnée… On fait beaucoup d'entraînements pour être prêts. »
Le Dr Sandra Lantelme, médecin référente dans la médicalisation héliportée et présente sur la base cannoise depuis 25 ans, décrit un « métier passion ». « Grâce à nos deux sacs d'équipement, on a l'oxygène, le matériel de réanimation… On fait le même travail que dans une voiture du Samu sauf qu'il faut conjuguer les exigences du pilote, de la météo. Il faut parfois prendre des décisions en deux secondes. Le plus difficile, c'est quand on va chercher une personne en vie et qu'elle nous échappe… »
Un bilan estival stable et des défis à venir
Franck Diebold, ancien chef de la base, défend l'activité face aux critiques d'imprudence : « Quelle est la personne la plus imprudente : celle qui fait une randonnée en montagne ou celle qui ne fait rien de sa vie, fait 200 kg et qu'on envoie sans arrêt aux urgences ? La vie est une imprudence. On a la chance d'avoir un pays qui a les moyens de fournir des machines et des hommes pour porter secours à des gens qui font quelque chose de leur vie. »
Le bilan de l'été, qualifié de « stable par rapport à 2025 » par le préfet Jean-Marie Girier, fait état de « 157 personnes secourues, soit 138 interventions, pour les 3/4 des randonneurs. Il y a eu moins d'accidents de VTT et de via ferrata. 93 personnes secourues étaient blessées, 51 indemnes et on déplore deux personnes décédées ». En 2025, Dragon 06 a assuré 800 heures de vol, soit 660 missions, portant secours à 485 individus via 1 710 hélitreuillages dont 333 de nuit.
Yves Latuszewski se prépare déjà aux défis à venir, redoutant les conséquences de la sécheresse estivale : « D'après mon expérience, c'est certain, il va y avoir des inondations. El Nino arrive, la mer est chaude, et les sols sont durs comme de l'argile. » L'activité de la base, elle, se poursuit sans relâche.



