Giuliano da Empoli : « Une élite sociopathe réinvente la société »
Da Empoli : « Une élite sociopathe réinvente la société »

Quatre ans et demi après le succès phénoménal du « Mage du Kremlin » (près d'un million d'exemplaires vendus en France, des traductions dans le monde entier et une adaptation au cinéma par Olivier Assayas), l'écrivain italo-suisse Giuliano da Empoli publie un nouveau roman, « le Fondateur » (Gallimard), qui explore le rapprochement mortifère entre l'esprit start-up et l'industrie militaire. S'inspirant du parcours de Peter Thiel, cofondateur de Palantir, il y décrit avec inquiétude la prise de pouvoir d'une nouvelle élite, celle des « seigneurs de la tech », et la « bascule militaire » de la « culture de la start-up ».

Un roman qui capte l'air du temps

Dans un entretien accordé au Nouvel Obs, Giuliano da Empoli déclare : « Au fond, une élite sociopathe est en train de réinventer la société ». Ce nouveau roman prolonge sa réflexion sur le puissant impact des technologies numériques sur nos sociétés, entamée avec des essais comme « les Ingénieurs du chaos » ou « l'Heure des prédateurs ». L'ancien conseiller de Matteo Renzi explore également la place prise par les oligarques de la tech dans le tissu de nos existences et l'impression tenace de vivre dans un état d'exception permanent, tandis que les politiques semblent dépassés.

La « bascule militaire » de la culture start-up

Le roman s'attache à décrire la convergence entre l'esprit d'innovation de la Silicon Valley et l'industrie de la défense, un phénomène que l'auteur observe avec inquiétude. Cette « bascule militaire » de la « culture de la start-up » constitue le cœur du récit, illustrant comment les nouvelles technologies, initialement conçues pour révolutionner le quotidien, se retrouvent au service de la guerre et de la surveillance. Da Empoli, qui avait déjà analysé les mécanismes de la désinformation dans « les Ingénieurs du chaos », poursuit ici son exploration des dérives du numérique.

Un état d'exception permanent

L'auteur s'interroge sur la place croissante des oligarques de la tech dans nos vies, une emprise qui nourrit un sentiment d'urgence et de bascule. Pour lui, nous vivons dans un état d'exception permanent, où les repères traditionnels s'effacent au profit d'une nouvelle hiérarchie dominée par les « seigneurs de la tech ». Cette analyse, qui fait écho à son précédent roman, offre une lecture critique de notre époque, marquée par l'IA, les conflits et le réchauffement climatique.

Le Nouvel Obs souligne que Giuliano da Empoli parvient à capter ce « petit parfum d'apocalypse » qui gagne du terrain dans les esprits, alors que nous sommes « en train de basculer dans autre chose ». Le roman, publié le 28 septembre 2026, est déjà présenté comme une œuvre majeure de la rentrée littéraire, prolongeant une réflexion entamée depuis plusieurs années par l'écrivain italo-suisse.