Un héritage judiciaire encombrant pour le nouveau président du Groupe Carrus
C'est un héritage dont Timothée Carrus, président depuis mi-2024 du groupe familial spécialisé dans la gestion de paris hippiques, se serait bien passé. Mercredi 18 février, il a comparu dans la plus grande salle du tribunal judiciaire de Paris, face au président Peimane Ghaleh-Marzban, pour une affaire de corruption remontant à l'ère de son père.
La sollicitation de validation d'un accord avec le Parquet national financier
Le chef d'entreprise quadragénaire était présent pour demander la validation par le juge de l'accord négocié entre son groupe et le Parquet national financier (PNF). Cet accord vise à mettre un terme aux poursuites judiciaires ouvertes en 2015 pour « corruption d'agent public étranger ». L'affaire concerne un montant de 78 972 euros versé par le Groupe Carrus, alors dirigé par son père Jérôme, au dirigeant du PMU malien Idrissa Aïdara, entre 2007 et 2011, en marge de la signature d'un contrat.
Les interrogations du juge et les réponses évasives de Timothée Carrus
Lors de l'audience, le juge a directement interrogé Timothée Carrus sur sa position actuelle face à ces faits. « Monsieur Carrus, quelle est votre position sur ces faits aujourd'hui ? », a demandé le magistrat. Le président du groupe a répondu avec timidité : « À l'époque, j'étais étudiant. Je ne peux pas décrire ce qui s'est passé précisément. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a certainement eu des négligences dans les procédures administratives et les procédures de contrôle, et qu'elles ont été rectifiées depuis. »
Le rappel à l'ordre du juge sur la responsabilité historique
Le président Ghaleh-Marzban a immédiatement rappelé à Timothée Carrus la portée de sa présence : « Vous ne comparaissez pas comme personne physique aujourd'hui, mais vous représentez la société Carrus. Ce que vous étiez à l'époque, j'en suis heureux, mais, aujourd'hui, vous assumez une histoire. » Cette histoire est précisément celle de son père, car, comme l'a souligné le juge, « la décision [de corrompre le dirigeant du PMU malien] avait été prise à haut niveau. Ce n'était pas un employé qui, hors la vue de l'entreprise, avait pris contact avec le dirigeant du PMU malien. »
La défense de Timothée Carrus et les mesures de conformité mises en place
Face au magistrat, le fils a tenté de ne pas accabler son père, préférant mettre en avant la « réelle prise de conscience » qui a suivi la perquisition du siège du groupe en juillet 2018. Il a énuméré, avec le vocabulaire technique du domaine de la conformité, les mesures correctives implémentées :
- Renforcement des processus internes
- Formations de l'équipe dirigeante sur la loi Sapin 2 (votée en 2016 pour lutter contre la corruption)
- Informatisation des workflows de validation de commande, de facture et de paiement
- Réalisation de due diligences (audits) sur tous les contrats avec les partenaires étrangers
- Mise en place d'une cartographie des risques
Cette comparution illustre les défis auxquels sont confrontés les héritiers d'entreprises familiales lorsqu'ils doivent gérer des passifs judiciaires hérités des générations précédentes, tout en tentant de moderniser les pratiques et de restaurer la réputation de leur groupe.



