La Chine accélère sa stratégie pour faire du yuan une monnaie mondiale face au dollar
Chine : la stratégie du yuan pour concurrencer le dollar s'intensifie

La Chine lance une offensive pour élever le yuan au rang de monnaie mondiale

« Le sujet est technique, mais derrière, l’enjeu est considérable ! », alerte Éric Monnet, spécialiste en macroéconomie internationale à la Paris School of Economics. Dans l'arène monétaire globale, les forces chinoises demeurent limitées, mais Xi Jinping ne renonce pas. La récente republication dans Qiushi, organe du Parti communiste chinois, de ses propos de 2024 sur les ambitions pour le yuan en témoigne. Le dirigeant y affirme que la Chine doit se doter d'une monnaie puissante, largement utilisée dans le commerce, l'investissement et sur les marchés des changes, visant à conquérir le statut de devise de réserve dans les coffres des banques centrales mondiales.

Un instrument de pouvoir géoéconomique décisif

Pékin a parfaitement conscience qu'une telle monnaie confère un pouvoir géoéconomique majeur. Les États-Unis en usent sans retenue, imposant des sanctions financières à des États comme l'Iran, le Venezuela ou la Russie. « L’usage international du dollar offre aux États-Unis la faculté de bloquer l’accès de certains acteurs à des transactions financières, d’influer sur les systèmes de paiement, de disposer d’informations sensibles… », détaille Hélène Rey, professeure à la London Business School. Pour la Chine, la monnaie constitue clairement un levier pour accéder au statut de puissance mondiale.

Un message à double destination

Pour Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et professeur à Harvard, cette offensive médiatique de Xi Jinping s'adresse à deux publics : « Aux fonctionnaires de Pékin, qui supervisent l’émergence du yuan, le président demande d’accélérer. Mais il envoie aussi un signal à ses partenaires commerciaux : la Chine entend accroître la part de ses échanges en yuans et est prête à soutenir ce mouvement via un système bancaire solide et un mécanisme de transactions internationales performant. » Ce message résonne d'autant plus que le règne du dollar est ébranlé par l'administration Trump, entre politique commerciale instable et remise en cause de l'indépendance de la Fed.

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Un yuan encore loin derrière le dollar

Actuellement, le billet vert domine largement les réserves de devises des banques centrales (57%), devant l'euro (19%). Le yuan stagne sous les 2%, marginal dans les transactions bancaires internationales, les facturations commerciales et les marchés des changes. La Chine cherche à réduire l'écart entre son poids plume monétaire et son envergure économique. « Les obstacles sont importants : contrôle des capitaux, marchés financiers insuffisamment profonds, manque de confiance dans la transparence des institutions chinoises », rappelle Philippe Aguignier, de l'Institut national des langues et civilisations orientales.

Une stratégie chinoise originale et conditionnelle

Pékin n'adoptera pas la stratégie américaine de libéralisation à tout va. Elle privilégie le contrôle des flux financiers pour éviter les fuites de capitaux et maîtriser le taux de change. « Xi Jinping opte pour une voie fondée sur des relations bilatérales plutôt que sur un pouvoir de marché », explique Éric Monnet. Cette approche inclut :

  • Des prêts en yuans aux acteurs de la Nouvelle route de la Soie, créant ainsi des comptes bancaires en Chine.
  • Des lignes de swap accordées par la Banque populaire de Chine à d'autres banques centrales, avec l'obligation d'utiliser les yuans pour financer des importations chinoises.

Le résultat le plus probant est observé en Russie, seul pays à être vraiment passé du dollar au yuan. « L’exemple russe montre que ce basculement est possible dans un cadre bilatéral », note Monnet.

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Innovations technologiques et monnaie numérique

La Chine développe également ses propres infrastructures, comme le CIPS (Cross-border Interbank Payment System), un concurrent du système américain. « Ce système est encore petit, mais il croît rapidement », assure Hélène Rey. La monnaie numérique émise par sa banque centrale est un autre moyen de s'émanciper du dollar. Depuis peu, la Banque populaire de Chine rémunère même les dépôts en yuans numériques, une innovation pour rendre cette devise plus attractive à l'international.

Perspectives et compétition avec l'euro

À moyen terme, Éric Monnet « imagine mal que le yuan puisse remplacer le dollar, mais il est possible que sa part monte à 10%, 20%, voire 30% ». Un nouvel équilibre se dessinerait au détriment du billet vert et potentiellement de l'euro. « Xi fait la une aujourd’hui, mais demain, ce sera au tour de Christine Lagarde, la présidente de la BCE. C’est une compétition à laquelle l’Europe aussi participe ! », prédit Kenneth Rogoff. Augmenter l'attractivité de l'euro est un objectif stratégique pour l'UE, nécessitant l'indépendance des systèmes de paiement et l'unification des marchés de capitaux.