Pâques approche, le cacao s'effondre mais les chocolats gardent leur prix
À quelques jours des fêtes de Pâques, une situation paradoxale frappe le marché du chocolat. Le cours du cacao en gros a atteint son niveau le plus bas depuis des années, avec une chute spectaculaire qui a divisé les prix par trois en seulement douze mois. Malgré cette baisse historique, les consommateurs ne verront pas de réduction sur les œufs, lapins et autres douceurs pascales en magasin. Les raisons de cette déconnexion entre les matières premières et les produits finis sont multiples et révèlent les dysfonctionnements d'une filière sous tension.
Le yo-yo spéculatif des prix du cacao
Le cacao s'est transformé en produit de spéculation intense, dont les variations rappellent parfois l'instabilité des métaux précieux. Après huit années de stagnation autour de 2 400 dollars la tonne, les prix ont commencé à flamber début 2024. La tension sur les approvisionnements, due à une très mauvaise récolte en Afrique de l'Ouest entre octobre et décembre, a propulsé les cours à des sommets inédits. En décembre 2024, la tonne de fèves atteignait ainsi plus de 12 000 dollars, soit une multiplication par cinq en moins d'un an.
L'année 2025 a d'abord maintenu ces niveaux élevés avant un retournement brutal au dernier trimestre. La chute s'est accélérée en début d'année 2026, avec un cours retombé autour des 3 000 dollars en février. Ce revirement s'explique principalement par une hausse de la production en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux géants mondiaux du cacao, combinée à une baisse significative de la consommation. Sur l'ensemble de l'année 2025, la demande a en effet reculé de plus de 8 %, les amateurs de chocolat réduisant leur consommation et les industriels reformulant leurs recettes pour diminuer la part de cacao.
Pas de baisse des prix pour Pâques
Malgré l'effondrement récent des cours, les consommateurs ne doivent pas s'attendre à des chocolats de Pâques moins chers cette année. Plusieurs facteurs expliquent cette inertie des prix en rayon. Premièrement, pendant la crise des prix élevés, les chocolatiers n'ont pas entièrement répercuté la flambée du cacao sur leurs tarifs finaux. Ils ont préféré comprimer leurs marges pour limiter l'impact sur les ventes, ce qui a conduit à des augmentations modérées malgré la hausse spectaculaire des matières premières.
Deuxièmement, un effet retard important joue dans la filière. Les chocolats actuellement en vente pour Pâques ont été fabriqués avec du cacao acheté au plus haut des cours. Il faudra donc encore plusieurs mois avant que la baisse récente ne puisse potentiellement se traduire dans les prix de détail. Aucun miracle n'est donc à attendre, ni pour Pâques ni dans les semaines qui suivront les fêtes.
Les producteurs, grands perdants de la volatilité
Dans cette histoire de fluctuations extrêmes, les véritables victimes sont les producteurs de cacao, particulièrement ceux engagés dans des démarches durables. Christophe Eberhart, codirigeant de la coopérative Ethiquable basée dans le Gers, explique les conséquences désastreuses de cette spéculation : « Lorsque les prix ont flambé, les producteurs engagés en bio notamment se sont retrouvés en difficulté ». Cette Scop qui produit 2 500 tonnes de chocolat par an a constaté les dérèglements provoqués par la volatilité des marchés.
Pendant la phase d'envolée des prix, certains négociants, dans leur course à l'approvisionnement, ont relâché leurs exigences qualitatives, mettant à mal les efforts des producteurs pour maintenir des standards élevés. Le brutal retournement actuel place désormais de nombreux petits paysans dans une situation de grande fragilité économique. « La loi sur la déforestation aurait dû contribuer à maintenir les prix à un niveau élevé », souligne Christophe Eberhart, « on voit que ce n'est pas le cas. Nous réfléchissons donc à un tarif qui permettrait de financer la durabilité et aux producteurs de vivre mieux ».
Cette réflexion est d'autant plus cruciale que, calculé en dollars constants, le prix du cacao a été divisé par deux en cinquante ans. En 1976, la tonne de fèves valait l'équivalent de 8 900 dollars actuels, avec une volatilité bien moindre qu'aujourd'hui. La situation actuelle révèle ainsi les limites d'un marché où la spéculation l'emporte trop souvent sur la stabilité nécessaire aux producteurs et à la qualité des produits.



