Trump menace l'OTAN : l'Europe prépare une alliance militaire autonome
Trump menace l'OTAN, l'Europe prépare son autonomie

La menace de Trump sur l'OTAN pousse l'Europe vers l'autonomie militaire

La menace ne cesse de se préciser. Contempteur régulier de l'OTAN, Donald Trump a intensifié ses critiques envers l'organisation militaire au cours des dernières semaines. Le refus de plusieurs pays européens de lui apporter leur soutien dans la guerre contre l'Iran a visiblement ulcéré le président américain, qui a notamment déclaré au journal anglais The Telegraph : "Nous aurions toujours été là pour eux. Eux, en revanche, n'étaient pas là pour nous". Et il a précisé sa pensée lors d'un discours à Miami : "Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'OTAN, et nous avons toujours été là pour eux, mais aujourd'hui, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être."

La décision d'un retrait américain de l'OTAN, qui constituerait un coup de tonnerre sur le plan géopolitique, n'a pas encore été prise, mais les Européens la jugent suffisamment crédible pour commencer à en tirer les conséquences. Et à échafauder une nouvelle architecture pour un "OTAN européen", comme le révèle le Wall Street Journal. "L'alliance sera davantage dirigée par l'Europe", a récemment déclaré son secrétaire général, le Néerlandais Mark Rutte. Mais le défi est considérable, et consiste à rattraper des années de sous-investissement dans les dépenses militaires.

Des postes de commandement pour les Européens

Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1949, l'OTAN a toujours été pensée pour fonctionner avec un leadership américain à tous les niveaux : renseignement, logistique, postes de commandement. L'Allemagne s'est longtemps complue dans cette situation, faisant la sourde oreille aux appels de Paris pour une plus grande implication des Européens. Jusqu'à l'année dernière. Face à l'attitude de Trump envers l'Ukraine, qu'il était prêt à abandonner – les armes américaines sont de fait payées par les Européens depuis l'année dernière –, le chancelier Friedrich Merz a opéré une bascule décisive, et décidé d'aller dans ce sens.

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"Il est clair que nous, Européens, devons assumer davantage de responsabilités en matière de défense, et c’est ce que nous faisons", a déclaré le ministre de la Défense allemand Boris Pistorius au Wall Street Journal. Un nombre croissant de postes de commandement clés de l'OTAN sont désormais occupés par des Européens, et de nombreux exercices d'envergure récents ou à venir sont placés sous la direction des forces européennes. Le Commandant suprême des forces alliées en Europe reste toutefois américain, une prérogative à laquelle les États-Unis n'ont pas l'intention de renoncer.

Les responsables européens souhaitent en outre accélérer la production d'équipements dans des domaines où l'Europe accuse un retard par rapport aux États-Unis, notamment :

  • La lutte anti-sous-marine
  • Les capacités spatiales et de reconnaissance
  • Le ravitaillement en vol

L'annonce le mois dernier d'un projet anglo-allemand visant à développer des missiles de croisière furtifs et des armes hypersoniques illustre cette nouvelle direction.

Réintroduire le service militaire ?

Les questions du renseignement et de la dissuasion nucléaire sont les plus épineuses. Les systèmes américains de satellites, de surveillance et d’alerte antimissile, fers de lance de l'OTAN, ne peuvent être remplacés du jour au lendemain. Sur le plan du nucléaire, après que Trump a menacé d'envahir le Groenland, Merz et Emmanuel Macron avaient entamé des discussions pour déterminer si la force de dissuasion française pouvait être étendue à d'autres nations européennes, dont l'Allemagne. Emmanuel Macron a d'ailleurs décidé le mois dernier d'ouvrir à la participation européenne les exercices de dissuasion nucléaire française.

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Enfin, cette remilitarisation du Vieux Continent pourrait aller de pair avec la réintroduction du service militaire, supprimé dans de nombreux pays européens, dont la France, en 1997. "En matière d'éducation civique, d'identité nationale et d'unité nationale, il n'y a sans doute rien de mieux que le service militaire obligatoire", a déclaré le président finlandais Stubb au Wall Street Journal.

Reste un point central : Donald Trump peut-il décider à lui seul de sortir les États-Unis de l'OTAN ? Une réforme de 2023 l'oblige à obtenir l'accord des deux tiers du Sénat ou une décision conjointe du Congrès. Mais il pourrait vider l'organisation de sa substance, en retirant des troupes basées en Europe d'une part, et en minant sa crédibilité de l'autre, et notamment celle de l'article 5, qui prévoit la solidarité de ses membres en cas d'attaque, un atout essentiel. Il accomplirait ce faisant le rêve ultime de Vladimir Poutine.