Vidéo de militants pro-Gaza maltraités : tollé diplomatique contre Israël
Vidéo de militants maltraités : tollé diplomatique contre Israël

Les images partagées ce mercredi par Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de l'Intérieur, montrent des activistes pro-Gaza mains liées, agenouillés et bousculés après leur arrestation. Elles ont suscité un tollé international et embarrassent le gouvernement israélien.

Une vidéo qui fait scandale

« Welcome to Israel. Nous sommes chez nous. » Un grand sourire dessiné sur le visage, Itamar Ben-Gvir parade au milieu de dizaines de membres de la « flottille pour Gaza », également connue sous le nom de « Global Smud ». Les militants pro-Palestine sont entravés, bousculés, à genoux, la tête posée au sol et les mains liées. Pendant ce temps, le ministre israélien de l'Intérieur agite le drapeau de l'État hébreu alors que retentit l'hymne national du pays. Partagée par Itamar Ben-Gvir sur ses réseaux sociaux, la vidéo de 38 secondes a provoqué une vague d'indignation.

Les militants détenus à Ashdod

Répartis dans une cinquantaine de navires, les militants - 486 dont 37 Français selon l'organisation, 430 selon Israël - avaient quitté les côtes turques la semaine dernière, avec l'infime espoir de briser le blocus israélien dans la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre. Interceptés lundi au large de Chypre par la marine israélienne, les membres de la flottille avaient ensuite été transférés à bord de navires israéliens en direction de l'État hébreu. Ils sont à présent en détention à Ashdod, ville portuaire située au sud de Tel-Aviv.

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« Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté », fustige Adalah, une organisation de défense des droits humains. Ces derniers mois, plusieurs embarcations humanitaires avaient pris la mer en direction de l'enclave palestinienne, avec des personnalités comme l'eurodéputée Rima Hassan ou l'écologiste Greta Thunberg à bord. Aucune « flottille » n'est arrivée à destination.

Le gouvernement israélien réprouve le traitement des militants

Ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar conteste le traitement infligé aux militants apparaissant dans la vidéo relayée par Itamar Ben-Gvir, connu pour ses positions extrémistes. « Vous avez sciemment nui à notre État avec ce spectacle honteux - et ce n'est pas la première fois, cingle le chef de la diplomatie israélienne sur X. Vous avez réduit à néant les efforts immenses, professionnels et fructueux fournis par tant de personnes - des soldats de Tsahal au personnel du ministère des Affaires étrangères, et bien d'autres encore. Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël. »

Le suprémaciste juif n'a pas manqué de répondre à son compère sur le même réseau social : « Il y en a dans le gouvernement qui n'ont toujours pas compris comment il faut se comporter avec les soutiens du terrorisme ».

Après cette passe d'armes entre membres de sa coalition, Benyamin Netanyahou s'est exprimé, prenant plutôt le parti de Gideon Saar. « Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza, justifie le chef du gouvernement dans un communiqué, appelant à une expulsion des militants « dès que possible ». « Cependant, la manière dont le ministre Ben-Gvir a traité les militants de la flottille n'est pas conforme aux valeurs et aux normes d'Israël », déplore le patron du Likoud.

Israël appelé à s'excuser

Moins de deux heures après la publication de la séquence, Giorgia Meloni a réagi avec indignation. La présidente du Conseil italien fustige des « images inacceptables ». « Il est inadmissible que ces manifestants, parmi lesquels de nombreux citoyens italiens, soient soumis à un traitement attentatoire à la dignité de la personne », alerte-t-elle. L'Italie « exige des excuses pour le traitement réservé à ces manifestants et pour le mépris total manifesté à l'égard des demandes explicites du Gouvernement italien ».

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En France, c'est Jean-Noël Barrot qui a blâmé « les agissements de M. Ben-Gvir à l'égard des passagers de la flottille Global Smud, dénoncés par ses propres collègues au gouvernement israélien », estimant qu'ils « sont inadmissibles ». « La sécurité de nos compatriotes est une priorité constante. Quoiqu'on pense de cette flottille - et nous avons indiqué à plusieurs reprises notre désapprobation de cette démarche -, nos compatriotes qui y participent doivent être traités avec respect et libérés dans les plus brefs délais, insiste-t-il. Je salue le travail des équipes du ministère, de l'ambassade et du consulat qui, une nouvelle fois, se mobilisent pour assurer leur protection consulaire. »

Même son de cloche côté espagnol. José Manuel Albares, le ministre des Affaires étrangères considère que « ce traitement est monstrueux, il est indigne, il est inhumain », a fustigé depuis Berlin le ministre espagnol des Affaires étrangères. « J'exige des excuses publiques d'Israël », poursuit-il dans un enregistrement audio transmis à la presse par ses services, faisant part de son « indignation ».

Son homologue irlandaise, Helen McEntee, se dit « consternée et choquée » par la vidéo. Ces militants « détenus illégalement (…) ne sont en aucune manière traités avec la dignité ou le respect appropriés », juge-t-elle dans un communiqué. Elle demande la libération « immédiate » des participants irlandais arrêtés, parmi lesquels figure la sœur de Catherine Connolly, la présidente irlandaise.

Plus tard dans la journée, le Portugal, la Turquie, l'Allemagne, la Belgique ou encore le Canada ont partagé leur désapprobation face à ces images.

Le Hamas, mouvement islamiste palestinien à l'origine du massacre terroriste du 7 octobre 2023, va plus loin encore : « Nous affirmons que les scènes de torture et d'humiliation orchestrées par le ministre sioniste criminel et fasciste (Itamar) Ben-Gvir (…) sont l'expression de la dépravation morale et du sadisme qui régissent la mentalité des dirigeants de l'entité ennemie criminelle ».

Les ambassadeurs israéliens convoqués

Signe d'une poussée de tension diplomatique, malgré les réprobations de Benyamin Netanyahou, diverses nations souhaitent s'entretenir au plus vite avec le représentant de l'État hébreu dans leur pays. Giorgia Meloni annonce ainsi la convocation de l'ambassadeur israélien « pour demander des explications formelles ». Jean-Noël Barrot a fait de même. Idem concernant la Belgique. José Manuel Albares, lui, a annoncé convoquer « d'urgence » la chargée d'affaires israélienne à Madrid.

Les relations d'Israël avec les pays européens tendent à se dégrader. Le mois dernier, Giorgia Meloni avait déjà demandé des explications à l'ambassadeur de l'État hébreu, dont des soldats étaient soupçonnés d'avoir tiré des coups de semonce sur un convoi de Casques bleus italiens au Liban. Il n'y avait pas eu de blessés, seul un véhicule avait été endommagé.

Entre Israël et l'Espagne, le point de rupture n'est pas loin. En mars, un décret royal avait mis fin à la mission d'Ana María Sálomon Pérez à Tel-Aviv. Israël, de son côté, n'a plus d'ambassadeur en Espagne depuis la reconnaissance de l'État de Palestine par le gouvernement espagnol en 2024.