La Roumanie traverse une crise politique majeure, marquée par un bouleversement inattendu des équilibres parlementaires. Le Parti social-démocrate (PSD), principale force politique au Parlement, a annoncé le lundi 27 avril une alliance avec l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR), un parti d'extrême droite. L'objectif affiché est de renverser la coalition pro-européenne que le PSD avait quittée quatre jours plus tôt. Une motion de censure devrait être déposée prochainement contre le gouvernement dirigé par le libéral Ilie Bolojan (PNL).
Une fenêtre politique pour l'extrême droite
Pour l'extrême droite, la crise actuelle représente une opportunité politique inespérée. La Roumanie était déjà en proie à une forte instabilité depuis 2024, après l'annulation controversée de l'élection présidentielle par le Conseil constitutionnel, en raison de soupçons d'ingérence étrangère. George Simion, figure de proue du nationalisme roumain et proche des idées Maga, battu au second tour du scrutin de mai 2025, estime aujourd'hui que le rapport de force peut basculer. Alors que la coalition centriste se désagrège, le leader de l'AUR se positionne comme un prétendant crédible au pouvoir.
Une motion de censure aux résultats incertains
La motion de censure a de réelles chances d'aboutir, mais rien n'est encore joué. Pour renverser le gouvernement, 232 voix sur 463 députés et sénateurs sont nécessaires. Le PSD et l'AUR totalisent ensemble 219 voix. Le soutien annoncé du groupe d'extrême droite PACE ajoute 12 voix, portant le total à 231, soit une seule voix de moins que le seuil requis. Le résultat dépendra donc de quelques ralliements supplémentaires : certains élus d'autres formations d'extrême droite et une partie des 17 députés représentant les minorités nationales pourraient faire pencher la balance.
L'AUR en tête des sondages
George Simion a déclaré que son parti serait prêt à entrer au gouvernement, malgré son rejet antérieur de toute alliance avec le PSD. Avec environ 35 % des intentions de vote selon un sondage publié le 24 avril et relayé par Politico, son parti nationaliste domine les sondages, loin devant les sociaux-démocrates crédités de 20 %. Armand Gosu, spécialiste de l'espace post-soviétique, observait l'an passé dans L'Express qu'une grande partie de l'establishment roumain place ses espoirs en lui. Simion mobilise également la référence à la Grande Roumanie, héritée de l'après-1918, devenue un symbole identitaire et nostalgique pour les courants nationalistes.
Des conséquences économiques et européennes
L'Union européenne surveille de près la situation roumaine. L'aggravation de la crise pourrait empêcher Bucarest de valider à temps des contrats de défense clés, nécessaires pour bénéficier des 16,68 milliards d'euros de prêts du dispositif SAFE de l'UE, dont l'échéance est fixée à mai. Elle menace également l'accès du pays aux 10 milliards d'euros restants du plan de relance post-Covid, qui doivent être utilisés d'ici fin août. Cette fragilité économique n'est pas étrangère à la crise actuelle : les tensions budgétaires ont fait éclater la coalition au pouvoir, autour des coupes destinées à réduire un déficit public supérieur à 9 % du PIB en 2024, le plus élevé de l'Union européenne.
Le président roumain, Nicusor Dan, a écarté l'idée de nommer un Premier ministre issu de l'AUR. Mais lui-même est fragilisé : il a perdu une partie de ses soutiens depuis qu'il a suivi les demandes du PSD pour la nomination des chefs du Parquet général et du Parquet national anticorruption, malgré l'opposition d'ONG et du Conseil supérieur de la magistrature. La rupture au sein de la coalition gouvernementale, en plus de faire peser des risques sur les financements européens, ouvre une brèche pour le parti d'extrême droite roumain.



