Volodymyr Zelensky a demandé vendredi aux Vingt-Sept un soutien financier d'au moins 70 milliards d'euros pour l'année prochaine, alors que l'Union européenne réaffirme son appui à Kiev mais reste traversée par des divisions sur l'ampleur de son engagement. Cette requête intervient dans un contexte de craintes d'un "lâchage" de Donald Trump, qui pourrait mettre en péril la défense de l'Ukraine face aux attaques russes.
Un appel pressant de Zelensky aux Européens
Lors du sommet européen de Bruxelles, le président ukrainien a précisé que la guerre coûterait 155 milliards d'euros l'année prochaine et que Kiev avait besoin d'au moins 70 milliards d'euros supplémentaires de la part des Européens. "Cela nous aidera à retenir la Russie", a-t-il argumenté, soulignant que l'Ukraine stoppait la plupart des assauts russes sur la ligne de front grâce aux drones, coupait les lignes d'approvisionnement russes et contribuait à affaiblir l'économie de la Russie. "En ce moment, nous pourrions produire deux ou trois fois plus de drones. Mais nous n'avons tout simplement pas assez d'argent pour cela", a-t-il ajouté.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a affirmé que "le soutien de l'UE est plus solide que jamais", passant sous silence les divisions qui se sont fait jour sur l'ampleur de l'engagement financier envers Kiev. L'Autriche et les Pays-Bas, notamment, s'interrogent sur l'efficacité d'une telle politique. En Italie, l'ancien général pro-russe Roberto Vannacci, potentiel adversaire de Giorgia Meloni aux législatives, appelle à couper le robinet des aides, tout comme le Parlement de Saxe-Anhalt en Allemagne, dirigé par l'extrême droite (AfD), associée à la gauche populiste (BSW).
Des divisions européennes et des soutiens contrastés
En France, Marine Le Pen (RN), en tête des sondages pour l'élection présidentielle 2027, affirme que son pays n'a "plus les moyens" de soutenir financièrement Kiev. Le Premier ministre letton Andris Kulberg a rétorqué que l'aide à Kiev "représente une bière de moins par an pour chaque Européen". "Je pense qu'on peut se le permettre d'autant que l'Ukraine en a besoin maintenant", a-t-il ajouté.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé le trou de 70 milliards d'euros dans le budget ukrainien en 2027, estimant qu'il "devra être comblé". Emmanuel Macron a temporisé en indiquant que cette demande allait être "regardée" par l'UE, le G7 et des partenaires, mais a réaffirmé : "Nous ne lâcherons pas l'Ukraine."
Des signaux inquiétants de la Maison Blanche
Le moment est critique pour Volodymyr Zelensky, qui reçoit de nombreux signaux inquiétants de la Maison Blanche. Mercredi, la connexion avec le réseau de satellites Starlink, précieux pour parer les frappes de Moscou, a été bridée avant d'être rétablie sans possibilité désormais de s'en servir pour attaquer le territoire russe. Cela survient au moment où Vladimir Poutine appelle à conquérir tout le Donbass.
Donald Trump a également acté ces derniers jours une levée des sanctions américaines contre Moscou, demandé le départ de M. Zelensky et s'est félicité d'un accord avec M. Poutine en vue de la livraison de quantités massives de gazole russe. Une manœuvre aux visées électoralistes destinée à faire retomber les prix du carburant et la colère des Américains, alors que Trump est déterminé à sauver sa majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat du 3 novembre. Il impute la hausse des prix des carburants au conflit russo-ukrainien plutôt qu'à la guerre au Moyen-Orient qu'il a déclenchée avec l'Israélien Netanyahou.
Jeudi, Donald Trump a affirmé que Zelensky ne faisait que "faire grimper le prix mondial du pétrole", qualifiant la reprise des bombardements ukrainiens sur les raffineries russes, malgré le cessez-le-feu énergétique qu'il avait décrété, de "honte". Volodymyr Zelensky défie ainsi Donald Trump, qu'il accuse de "remplir d'argent les poches de Poutine pour financer la guerre".
Les revirements américains sonnent comme une trahison pour les Ukrainiens, qui ont désormais l'UE comme seul allié indéfectible. Mais jusqu'à quand ?