L'Union européenne débloque enfin l'aide financière cruciale pour l'Ukraine
Il aura fallu patienter dix longs jours après la défaite électorale du Premier ministre hongrois Viktor Orbán pour que Budapest accepte finalement de céder. Ce mercredi 22 avril, selon la présidence chypriote de l'Union européenne, les Vingt-Sept ont accordé, après des mois de blocage persistant, le premier feu vert officiel pour le versement du prêt colossal de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Cette somme représente une bouée de sauvetage absolument indispensable pour Kiev afin de tenir face à la guerre d'usure qui l'oppose à la Russie.
Le chantage pétrolier de la Hongrie
Le revirement hongrois de ce mercredi ne relève aucunement du hasard. En janvier dernier, l'immense oléoduc Droujba, cette canalisation stratégique russe qui traverse l'Ukraine pour acheminer du pétrole brut vers plusieurs pays européens dont la Hongrie, avait été sévèrement endommagé par des frappes attribuées à Moscou. Profondément frustrée par les délais de réparation, Budapest avait alors accusé l'Ukraine de retarder volontairement la reprise du trafic pétrolier.
Pour forcer la main de Kiev et exiger la remise en état rapide du pipeline, Viktor Orbán avait donc pris la décision radicale de bloquer l'aide financière européenne tant que son pays ne serait pas correctement ravitaillé en or noir. "Pas de pétrole, pas d’argent", avait-il tranché sans ambages. La situation a finalement évolué mardi, lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que la canalisation était à nouveau pleinement fonctionnelle, ouvrant ainsi la voie à un déblocage politique.
Un accord obtenu à l'unanimité des Vingt-Sept
Le lendemain de cette annonce, les représentants des Vingt-Sept se sont réunis à Bruxelles pour valider formellement le principe du prêt historique à Kiev. Conformément à la procédure établie, l’ambassadeur chypriote a demandé à ses homologues européens de donner leur feu vert par écrit. Le résultat fut sans appel : oui, à l'unanimité. Budapest a toutefois réitéré que son accord définitif restait conditionné à la reprise effective et durable des livraisons de pétrole via l'oléoduc Droujba.
L'Union européenne peut désormais lancer les procédures techniques nécessaires en vue du premier versement. La procédure écrite définitive devrait s'achever dès jeudi. "Nous nous attendons à un accord dans les 24 heures. Je ne veux pas nous porter la poisse, mais j’espère sincèrement que tout se passera bien", a confié avec prudence devant les journalistes Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l'UE. Si la procédure aboutit comme prévu, 45 milliards d'euros seront envoyés à Kiev en 2026, suivis de la même somme l'année suivante. "En principe, tous les obstacles sont levés", s'est félicitée la femme politique.
Les réactions et les perspectives
Sur le réseau social X, Volodymyr Zelensky s’est immédiatement réjoui de cette avancée européenne majeure : "Je remercie chaleureusement tous ceux qui apportent leur aide précieuse", a-t-il déclaré, ajoutant que "la levée des blocages est le bon signal à envoyer dans les circonstances actuelles". Le chef de l'État ukrainien a en outre insisté sur le fait que "la Russie doit mettre fin à sa guerre impérialiste" et qu'"elle n'y sera incitée que si le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie restent suffisants et constants".
Un autre point crucial figurait à l'agenda de cette réunion : l'adoption d'un vingtième paquet de sanctions contre Moscou, qui subissait lui aussi les conséquences du blocage initialement imposé par Budapest. Ici encore, l'ambassadeur hongrois a finalement cédé et levé son veto, permettant ainsi à l'Union européenne d'avancer sur ce front diplomatique essentiel. Cette décision collective marque un tournant significatif dans le soutien européen à l'Ukraine, tout en illustrant les complexités des négociations au sein de l'UE face aux intérêts nationaux divergents.



