Le Premier ministre suédois critique la préférence européenne défendue par la France
Suède sceptique face à la préférence européenne française

"Je suis très sceptique" : le chef du gouvernement suédois critique l'approche française

Alors que les dirigeants des vingt-sept États membres de l'Union européenne se réunissent ce jeudi 12 février en Belgique pour un sommet consacré à la compétitivité, des divergences stratégiques profondes apparaissent. La France, par la voix d'Emmanuel Macron, défend l'idée d'une préférence européenne dans les secteurs stratégiques, tandis que la Suède exprime ouvertement son scepticisme.

Une stratégie française axée sur la protection industrielle

Le président français a présenté les grandes lignes de sa proposition avant le sommet : lever une dette commune pour financer les "priorités d'avenir" et soutenir l'industrie en instaurant une préférence européenne. Concrètement, cette mesure conditionnerait le versement d'argent public aux entreprises à leur production sur le sol européen.

Cette approche a reçu le soutien de plus de mille chefs d'entreprises, dont les dirigeants d'Air France, de Michelin, d'Orano et du géant allemand Thyssenkrupp, dans une tribune récente. La Commission européenne soutient également ce principe de préférence européenne.

La position suédoise : privilégier la compétitivité par l'innovation

La Suède, traditionnellement attachée au libre-échange, exprime cependant de vives réticences. "Si l'objectif du 'Achetez européen' est de protéger les entreprises européennes en évitant de commercer ou de nouer des partenariats avec d'autres pays, je suis très sceptique", a déclaré le Premier ministre suédois Ulf Kristersson dans le Financial Times.

Le chef du gouvernement libéral-conservateur ajoute : "Nous devons être compétitifs grâce à la qualité et à l'innovation, et non parce que nous essayons de protéger les marchés européens." Il précise qu'il ne s'agit pas pour lui "de protéger les entreprises qui ne sont pas compétitives".

Une alliance nordique pour une approche limitée

Stockholm n'accepte qu'une préférence européenne très circonscrite. Dans un document commun avec les Pays-Bas, l'Estonie, la Finlande, la Lettonie et la Lituanie, la Suède écrit : "Parfois, des mesures ciblées et plus fortes sont nécessaires pour renforcer l'indépendance européenne. Cependant, ces mesures doivent être limitées, proportionnées et fondées sur une compréhension claire de leurs conséquences."

Ces six pays libéraux d'Europe du Nord estiment qu'"une application générale de la préférence européenne risque d'anéantir nos efforts de simplification, d'entraver l'accès des entreprises aux technologies de pointe mondiales, de freiner les échanges avec d'autres marchés et d'éloigner les investissements de l'UE".

L'Allemagne et l'Italie : entre simplification et prudence

L'Allemagne et l'Italie, initialement réticentes, semblent également s'orienter vers une préférence européenne limitée. Les deux pays refusent cependant tout endettement commun, une proposition également avancée par l'ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi dans un rapport de 2024.

Berlin et Rome privilégient la mobilisation de capitaux privés et militent avant tout pour "un agenda de simplification". Ils proposent même un mécanisme de "pause d'urgence" pour interrompre le processus législatif européen si un projet risque "d'augmenter la charge administrative des entreprises".

Les inquiétudes face à la concurrence chinoise

Certains observateurs, comme le Haut-Commissaire au Plan Clément Beaune, estiment que ce programme de simplification, bien que nécessaire, ne suffira pas à assurer la survie de larges pans de l'industrie européenne. La concurrence chinoise, qui bénéficie de coûts inférieurs de 30% à 40% pour des produits de qualité équivalente, représente une menace sérieuse.

Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan prévient : "De tels écarts ne peuvent être compensés à court terme par la seule montée en gamme, l'innovation ou les gains de productivité. Ils exposent l'industrie européenne à un risque de sortie rapide et irréversible de marché."

Le sommet de jeudi devra donc définir les curseurs entre protectionnisme modéré et ouverture commerciale, alors que l'économie européenne est plombée par les prix de l'énergie, secouée par les droits de douane américains et menacée par la concurrence chinoise.