Poutine et Trump, les architectes involontaires de la nouvelle Europe
Poutine et Trump façonnent la nouvelle Europe

Poutine et Trump, les architectes involontaires de la nouvelle Europe

À l'aube d'une cinquième année de guerre en Ukraine, Vladimir Poutine entretient le sentiment d'une menace durable pesant sur le Vieux Continent. Parallèlement, une nouvelle année de trumpisme débridé à la Maison Blanche a considérablement accru le fossé idéologique qui s'installe entre les deux rives de l'Atlantique. De cette double pression, quasi simultanée, les Européens ont tiré des conséquences majeures et concrètes.

Le réveil stratégique européen

Les nations européennes se réarment activement, après avoir trop longtemps encaissé les dividendes de la fin de la guerre froide. Elles mesurent désormais l'impérieuse nécessité d'acquérir un minimum d'autonomie stratégique à l'égard d'une Amérique qui leur est de plus en plus hostile. Les aléas de l'actualité immédiate ne semblent pas devoir modifier en profondeur, pour les Européens, un environnement largement déterminé par deux hommes qui les méprisent ouvertement.

Les discours révélateurs de Munich

Les amabilités proférées à la Conférence de Munich sur la sécurité, mi-février, ne changent rien au fond du différend qui divise les Occidentaux. Quand le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, glisse dans son discours que les États-Unis ne veulent pas « d'alliés menottés par la culpabilité et la honte », relève l'ancien diplomate Michel Duclos, la caricature emprunte au portrait d'une Europe décadente que l'on brosse volontiers dans l'entourage de Trump.

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Dans le Financial Times du 23 février, la politologue américaine Anne-Marie Slaughter, patronne de l'institut New America, propose la même lecture de l'allocution de Rubio – une ode à un Occident composé « de Blancs, de chrétiens et de nationalistes », écrit-elle sans ambages. Marco Rubio a explicitement appelé à « construire un nouveau siècle occidental », une vision qui exclut implicitement une Europe indépendante et forte.

Le soutien américain à l'ultradroite européenne

De Munich, le secrétaire d'État est allé directement à Budapest. Dans une Hongrie en pleine campagne électorale, il a dressé un éloge appuyé de Viktor Orban, l'un des maîtres à penser de la démocratie illibérale. L'Américain a présenté le premier ministre sortant comme le « candidat des États-Unis », une déclaration lourde de sens.

Arrêtons-nous une minute sur la signification profonde de cette scène : Washington proclame haut et fort son soutien enthousiaste à un homme qui est le contempteur le plus acharné de l'Union européenne et l'avocat le plus zélé de Poutine sur le Vieux Continent. Cette posture est somme toute très logique de la part d'une administration Trump qui a déclaré son appui sans réserve à une ultradroite européenne aussi hostile à Bruxelles qu'à l'Alliance atlantique.

Face à cette double pression géopolitique, l'Europe n'a d'autre choix que de forger sa propre voie, entre réarmement nécessaire et affirmation de sa souveraineté stratégique. Les actions de Poutine en Ukraine et les positions de Trump aux États-Unis dessinent, malgré eux, les contours d'une Europe plus unie et plus déterminée à défendre ses intérêts propres.

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