Le réalisateur Yves Jeuland a présenté mardi à Cannes son documentaire Zelensky, co-réalisé avec Ariane Chemin et Lisa Vapné, dans le cadre d'une journée spéciale Ukraine. Disponible sur Arte, le film plonge dans l'intimité d'un homme devenu chef d'État et chef de guerre en un temps record.
Un documentaire pour comprendre la métamorphose
Yves Jeuland explique la genèse du projet : « Avec Ariane Chemin, on voulait découvrir un homme qui est entré dans les livres d'histoire à une vitesse phénoménale, propulsé chef d'État et chef de guerre sans avoir exercé aucun mandat auparavant. Nous souhaitions montrer le destin incroyable et la métamorphose d'un comédien russophone d'origine juive devenu chef d'État. »
Le film explore également la manière dont la série Serviteur du peuple, dans laquelle Zelensky incarnait un président, a mêlé fiction et réalité de façon vertigineuse.
Une interview obtenue après des mois d'attente
Pour convaincre Zelensky de participer, l'équipe a dû patienter. Trois tournages en Ukraine ont été nécessaires, et ce n'est que le dernier jour du dernier tournage, fin août 2024, que l'interview a été confirmée. « L'Ukraine était particulièrement bombardée, et quelques semaines auparavant, il était sur le point de licencier une partie de son gouvernement. On pensait qu'il avait d'autres préoccupations, mais il a joué le jeu », raconte Jeuland. Initialement prévu pour 45 minutes, l'entretien a duré une heure et quart. Zelensky a parlé de la guerre, mais aussi de son enfance, de son adolescence et de ses rêves.
Le portrait d'un leader charismatique
Pour Yves Jeuland, l'image qui ressort est celle d'un homme charmant et charmeur. « J'ai suivi des présidents, de Georges Frêche à François Hollande, mais là, on a eu conscience d'être dans l'Histoire en train de se faire. » Le documentaire révèle son enfance soviétique, son éducation stricte et son tempérament de leader, visible dès les photos de classe où il se place toujours au centre.
Sa voix grave et rauque, sa barbe et son allure militaire renforcent cette aura. « C'est un nouveau personnage pour le comédien qu'il est, mais un personnage sincère, devenu un chef militaire », note Jeuland.
La question de la langue : un enjeu symbolique et politique
Le documentaire aborde également le rapport de Zelensky à la langue. Sa langue maternelle est le russe, mais il a appris l'ukrainien et refuse désormais de parler autre chose. « C'est symbolique et politique », souligne Jeuland. Sa série Serviteur du peuple était en russe, mais dans sa déclaration de candidature, il passait déjà du russe à l'ukrainien.
Un président face aux défis de la guerre
Élu avec 73 % des voix en 2019, Zelensky a suscité de grandes attentes, parfois déçues. Mais depuis l'invasion russe, il a su s'imposer comme un leader médiatique, utilisant les réseaux sociaux et les vidéos quotidiennes pour s'adresser à son peuple. « Il a ringardisé Poutine, bien plus pompeux », estime Jeuland.
Le documentaire ne cache pas les défauts du président : « Il veut tout contrôler, ne fait confiance qu'à très peu de gens, et n'a pas hésité à sacrifier au populisme. Mais il y a une part d'héroïsme indéniable », conclut le réalisateur.
Une phrase qui résume tout
Interrogé sur une citation qui incarnerait Zelensky, Jeuland répond : « Perdre, c'est pire que mourir. » Une phrase qui illustre la détermination de cet homme que seul notre époque pouvait inventer.



