Les éternels regrets de Béatrice : « Je me suis battue pour ma fille, pour qu'elle se sente mieux. Ce n'était pas assez »
Depuis que sa fille s'est ôtée la vie, Béatrice vit avec d'immenses regrets, repensant à la détresse qu'elle n'a pas toujours su mesurer. Elle aurait aimé être mieux informée et mieux accompagnée. Propos recueillis par Louise Auvitu.
Mère de famille monoparentale et isolée, Béatrice s'est souvent sentie désemparée face à la souffrance de sa fille, notamment avec le harcèlement scolaire dont elle a été victime.
Il y a quelque temps, la fille de Béatrice a mis fin à ses jours. Elle avait 19 ans. Sur un bout de papier, elle a écrit qu'elle était « dégoûtée par le monde des adultes ». Depuis, sa mère essaye de vivre sans elle, non sans regret. Souvent, il lui arrive de se replonger dans le passé, de remonter le fil dans l'espoir de comprendre l'incompréhensible et de penser « et si… ».
« Quand on est en deuil, on regrette absolument tout », lâche cette professeure des écoles de 58 ans, alors que nous lui parlons en visio. Derrière elle, le ciel est bleu, le soleil au zénith, l'émotion palpable. Béatrice ne saura jamais précisément ce qui a traversé l'esprit de sa fille ce jour-là, mais elle ne peut s'empêcher de repenser à ces trop nombreuses blessures qui expliquent en partie ce geste de désespoir.
« Le père de ma fille était un homme violent. Eva avait deux ans quand je me suis séparée de lui. Il la voyait un week-end sur deux. Des années plus tard, elle m'a dit avec ses mots d'enfant qu'il lui arrivait d'être méchant, de crier, de tambouriner violemment à la porte de la salle de bain quand elle s'y enfermait pour se protéger. Je n'ai pas su voir à quel point elle souffrait. Je pensais que la séparation suffirait à la protéger, mais les séquelles étaient déjà là. »
Béatrice se souvient aussi du harcèlement scolaire que sa fille a subi au collège. « Elle rentrait en pleurs, ne voulait plus aller en cours. J'ai alerté les professeurs, mais ils minimisaient. J'ai changé d'établissement, mais le mal était fait. Elle a commencé à s'automutiler, à faire des tentatives de suicide. Je l'ai emmenée chez des psychologues, des psychiatres. Rien n'y faisait. Je me suis battue pour elle, pour qu'elle se sente mieux. Ce n'était pas assez. »
Aujourd'hui, Béatrice vit avec le poids des « et si » : « Et si j'avais été plus attentive ? Et si j'avais insisté pour qu'elle voie un autre thérapeute ? Et si j'avais compris plus tôt l'ampleur de sa détresse ? » Elle espère que son témoignage pourra aider d'autres parents à ne pas commettre les mêmes erreurs. « Il faut écouter ses enfants, même quand ils ne disent rien. Le silence cache parfois des cris de détresse. »



