L'ancienne prison de Forest transformée en outil pédagogique contre la surpopulation carcérale
Prison de Forest : un lieu pour dénoncer la surpopulation carcérale

L'ancienne prison de Forest devient un lieu de sensibilisation aux conditions carcérales

En Belgique, le gouvernement lutte difficilement contre une surpopulation carcérale chronique. Pour éveiller les consciences sur cette réalité et montrer les dures conditions de l'enfermement, une association s'est installée dans une vieille prison bruxelloise désormais désaffectée, qu'elle ouvre au public. L'association, nommée « 9m2 », a pris possession de la prison de Forest, un bâtiment vétuste du siècle dernier, vidé de ses derniers occupants en novembre 2022. Ce nom fait référence à la superficie standard d'une cellule normalement prévue pour deux détenus, mais où ils sont souvent trois, contraints de cohabiter jour et nuit.

Un système carcéral sous tension en Europe

En Europe, la Belgique, avec la France, fait partie des pays confrontés à une surpopulation endémique dans ses prisons. Au 2 avril 2026, on comptait 13 661 détenus dans les établissements pénitentiaires belges, pour une capacité de seulement 11 049 lits, selon les données de l'administration pénitentiaire. En mars, le gouvernement belge a annoncé une série de mesures d'urgence, incluant le recours au bracelet électronique pour les condamnés à des peines de 18 mois maximum, mais ces propositions doivent encore être soumises au Parlement pour approbation.

Construite en 1910 sur le modèle architectural du « panoptique », avec quatre ailes disposées en étoile autour d'une tour centrale de surveillance, la prison de Forest est l'exemple typique des établissements d'un autre âge. Ce type d'infrastructure a valu à la Belgique d'être condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'homme pour « traitements inhumains ou dégradants ». En 2017, un arrêt de la CEDH a donné raison à un prisonnier de Forest qui se plaignait de devoir partager 9 mètres carrés avec deux autres codétenus, avec un accès aux douches limité à deux fois par semaine. L'État belge a été condamné à lui verser des indemnités pour ces conditions.

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Témoignages poignants et réalité du terrain

Manuel Lambert, président de l'association 9m2, explique que l'emprisonnement est vécu comme une épreuve encore plus difficile en raison de ces conditions. Les détenus sont souvent traités comme des numéros, et leur future réinsertion est négligée. « Ces questions sont occultées. Il était pour nous indispensable d'avoir un lieu pour les aborder, de faire de cette ancienne prison un objet pédagogique », déclare-t-il.

Aujourd'hui, les couloirs vides de l'ancienne prison sont devenus le territoire des pigeons, contribuant largement à la saleté ambiante. Les murs décatis des cellules montrent encore de vieilles affiches, mais surtout de nombreuses traces d'humidité. En guidant les visiteurs, Manuel Lambert évoque la corvée des seaux hygiéniques à vider au « dépotoir », une fois par jour, pour les détenus dont la cellule n'était pas équipée de toilettes.

Lors d'une visite de fin mars organisée pour des journalistes, un ancien détenu de Forest, se faisant appeler « Johnny T », s'est joint au groupe pour tourner des séquences vidéo à visée éducative. Il témoigne du « rituel » du seau dans les cellules les plus vétustes, où il fallait faire ses besoins derrière un paravent offrant peu d'intimité. « C'était comme ça ici encore en 2022, et d'autres prisons de Belgique connaissent ce problème », affirme ce trentenaire bruxellois, qui a passé sept années derrière les barreaux dans au moins quatre prisons belges. « La prison franchement c'est n'importe quoi ! Je dis à la jeune génération : N'écoutez pas les grands qui veulent vous mettre dans cette voie », poursuit-il.

Des conditions toujours précaires malgré les efforts

Faute de lits disponibles, 663 prisonniers en Belgique dorment sur des matelas au sol, selon l'administration pénitentiaire. Parmi eux, 156 se trouvent dans la nouvelle prison bruxelloise de Haren, un équipement ultramoderne vers lequel ont été transférés les anciens détenus de Forest il y a trois ans et demi. Cette nouvelle prison devait en théorie offrir de bien meilleures conditions, mais la surpopulation persiste.

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Pour les visites à Forest, l'association 9m2 a déjà enregistré environ 3 000 demandes. Elle est actuellement en train de former de futurs guides pour accueillir des groupes, notamment des lycéens ou des étudiants, afin de poursuivre sa mission de sensibilisation. Cette initiative vise à mettre en lumière les défis du système carcéral belge et à encourager une réflexion collective sur les conditions de détention et la réinsertion des détenus.