Massacre de Muttur : vingt ans d'impunité pour les humanitaires
Massacre de Muttur : vingt ans d'impunité humanitaire

Le 4 août 2006, 17 employés de l'ONG Action contre la faim (ACF) étaient exécutés dans la ville de Muttur, à l'est du Sri Lanka. Vingt ans plus tard, aucun responsable n'a été jugé. Ce massacre reste l'un des exemples les plus frappants de l'impunité dont bénéficient les attaques contre les travailleurs humanitaires, selon un rapport publié par l'organisation ONU Justice.

Un massacre ciblé dans une zone de conflit

En août 2006, alors que l'armée sri-lankaise menait une offensive contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), les 17 humanitaires — 11 Tamouls, 5 musulmans et un agent de sécurité — ont été abattus dans leurs locaux. Leurs corps ont été retrouvés ligotés et exécutés. Selon le rapport d'ONU Justice, les preuves recueillies sur place indiquent que les troupes gouvernementales étaient responsables de ces meurtres.

L'enquête menée par l'armée sri-lankaise a conclu en 2007 à l'absence de preuves suffisantes pour identifier les coupables. Aucune poursuite judiciaire n'a été engagée depuis. En 2014, le gouvernement sri-lankais a rejeté les conclusions d'une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU, qui pointait la responsabilité de l'armée.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'impunité comme règle dans les conflits contemporains

Le rapport d'ONU Justice souligne que le massacre de Muttur n'est pas un cas isolé. Selon les données compilées par l'organisation, plus de 1 200 travailleurs humanitaires ont été tués dans le monde entre 2010 et 2025, et dans 90 % des cas, aucune poursuite n'a abouti. « L'impunité est la norme, pas l'exception, dans les attaques contre les humanitaires », déclare le rapport.

Le document cite également le cas de l'Afghanistan, où 18 membres de l'ONG International Rescue Committee ont été assassinés en 2018 sans que les auteurs soient identifiés, et celui du Yémen, où les frappes aériennes de la coalition saoudienne ont visé des hôpitaux de Médecins sans frontières à plusieurs reprises entre 2015 et 2020.

Un appel à la justice internationale

ONU Justice appelle les Nations unies à créer un mécanisme permanent d'enquête sur les crimes contre les humanitaires. « Il est temps que la communauté internationale agisse pour que les responsables de ces crimes ne restent pas impunis », affirme l'organisation dans son rapport.

Le document recommande également que la Cour pénale internationale (CPI) examine les possibilités de poursuites pour crimes de guerre dans le cas de Muttur, bien que le Sri Lanka ne soit pas signataire du Statut de Rome. En attendant, les familles des victimes continuent de réclamer justice, vingt ans après le drame.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale