La Lituanie rénove ses discothèques pour relancer la natalité, une idée soutenue par des experts
Lituanie: rénover les discothèques pour booster la natalité

Une initiative surprenante pour contrer le déclin démographique

Non, ce n'est pas une plaisanterie. Le gouvernement lituanien a dévoilé la semaine dernière un projet pour le moins inattendu: la rénovation des discothèques du pays afin de favoriser les rencontres et, in fine, de stimuler la natalité. Cette mesure s'inscrit dans un ensemble d'actions natalistes, alors que l'État balte fait face à une inquiétante baisse des naissances. En l'espace de cinq ans seulement, le nombre annuel d'enfants nés est passé de 23 500 à 17 500, un déclin qui alerte les autorités.

Une approche « souriante » défendue par un sociologue

Cette idée, qui fait sourire, trouve un écho favorable auprès du sociologue Julien Damon, auteur de l'ouvrage Les Batailles de la natalité (Éditions de l'Aube, 2024). Il plaide de longue date pour que les pouvoirs publics financent les bars et les boîtes de nuit, en complément des dispositifs traditionnels. « Si elle fait sourire, tant mieux ! », déclare-t-il. « À force de traiter la politique familiale sous l'angle de la crise démographique, on finit par donner l'impression de parler d'un enterrement. »

Julien Damon estime que la Sécurité sociale et les collectivités territoriales devraient « faire feu de tout bois » pour encourager les rencontres. Il propose ainsi que les communes financent des boîtes de nuit et que la Sécu organise des « bals de la CAF ». Il précise toutefois qu'il ne faut pas attendre de ces initiatives un rebond immédiat de la natalité. « C'est, dans la palette de réponses originales à la nouvelle situation démographique, une option qui n'est ni coûteuse ni aberrante. Soyons innovants et souriants ! », affirme-t-il.

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Les freins profonds à la natalité

Le sociologue souligne que l'instabilité conjugale et la non-conjugalité constituent des obstacles majeurs à la natalité. « Beaucoup de jeunes voudraient des enfants, mais n'ont pas de conjoint pour en faire », explique-t-il. Si aucun pays ne peut fournir un conjoint, tout mettre en œuvre pour faciliter les rencontres relève, selon lui, du bon sens politique.

Interrogé sur les autres freins, Julien Damon cite plusieurs facteurs:

  • L'écoanxiété, les incertitudes géopolitiques et les conditions de vie globales, sur lesquels les politiques familiales ont peu de prise.
  • L'absence de garantie concernant le mode de garde des enfants de 0 à 3 ans, une préoccupation majeure des jeunes parents qui craignent pour leur emploi ou leur carrière.

Le tableau alarmant de la dénatalité en France

La situation française n'est guère plus réjouissante. Depuis 2010, le nombre de naissances annuelles a chuté de manière significative. En 2025, le solde naturel est devenu négatif, avec plus de décès que de naissances sur l'ensemble du territoire. « Cela a encore suscité des cris d'alarme », note le sociologue.

Pour Julien Damon, cette baisse de la natalité révèle plusieurs tendances sociétales:

  1. La fécondité diminue là où la richesse augmente. Le confort croissant rend moins attrayante l'irruption d'enfants dans la vie quotidienne.
  2. À l'échelle individuelle, les gens veulent moins d'enfants. La proportion de jeunes de 18 à 25 ans ne souhaitant pas d'enfants est passée de 5% à plus de 10% en vingt ans.

L'enfant, un sujet de crispation sociale

L'enfant devient parfois un sujet politique, comme en témoigne le mouvement « no kids » ou les polémiques autour des wagons SNCF réservés aux adultes. « Ce n'est pas la société qui supporte moins les enfants, ce sont certains enfants qui sont devenus difficiles à supporter, faute d'éducation », analyse Julien Damon. Il pointe du doigt la figure de « l'enfant roi » et les problèmes d'incivilité qu'elle engendre dans les transports, les restaurants ou même à l'école.

Face à ces défis complexes, l'initiative lituanienne de rénover les discothèques apparaît comme une tentative originale, sinon décalée, de répondre à une crise démographique qui préoccupe de nombreux pays européens. Une approche qui, selon ses défenseurs, mérite d'être considérée avec sérieux et... le sourire.

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