Iran : une escalade inquiétante des exécutions politiques et des condamnations à mort
Les autorités iraniennes ont procédé ce samedi 4 avril à l'exécution de deux hommes reconnus coupables de liens avec l'Organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI), un groupe d'opposition en exil, et d'attentats armés. Cette information, rapportée par les médias iraniens, a été confirmée par l'OMPI elle-même dans un communiqué dénonçant une tentative de masquer la faiblesse du régime en exécutant des prisonniers politiques, notamment des membres et sympathisants de l'organisation.
Une série d'exécutions ciblant l'opposition et les manifestants
Cette exécution s'inscrit dans une vague répressive plus large. Début de semaine, quatre membres de l'OMPI ont également été exécutés. Deux jours plus tôt, un homme condamné pour sa participation à une attaque contre une installation militaire lors des manifestations de janvier a été exécuté après le rejet de son appel par la Cour suprême, selon Mizan, l'organe de presse du pouvoir judiciaire.
Lundi, les médias d'État ont annoncé l'exécution de deux prisonniers politiques, Mohammad Taghavi, 59 ans, et Akbar Daneshvarkar, 60 ans, pour le crime de baghi (rébellion armée contre l'État). Amnesty International avait déjà dénoncé en janvier 2025 que leur condamnation à mort, prononcée en octobre 2024, résultait d'un procès manifestement inéquitable, entaché d'allégations de torture visant à extorquer des aveux.
Des exécutions publiques et des accusations de dissimulation
Le 19 mars dernier, trois hommes, dont Saleh Mohammadi, une star de la lutte de 19 ans, ont été pendus en public après leur arrestation à la suite des manifestations de janvier. Ils avaient été reconnus coupables de moharebeh, ou « guerre contre Dieu ». Parallèlement, Kourosh Keyvani, un Suédois-Iranien, a été exécuté pour espionnage au profit d'Israël.
Le premier vice-président du pouvoir judiciaire, Hamzeh Khalili, a indiqué en mars que les affaires liées aux manifestations de janvier – un mouvement antigouvernemental réprimé avec une violence extrême – étaient désormais closes et les peines appliquées. Cependant, des organisations de défense des droits humains affirment que le régime dissimule des informations sur l'exécution de centaines de prisonniers.
Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur d'Iran Human Rights, basé en Norvège, craint que ces exécutions ne soient éclipsées par d'autres crises internationales. « Actuellement, l'attention est focalisée sur le prix du pétrole, ce qui minimise le coût politique de ces exécutions », déclare-t-il au Guardian.
Des chiffres alarmants et une instrumentalisation médiatique
Les organisations de défense des droits humains accusent les médias d'État d'instrumentaliser les exécutions pour dissuader toute dissidence. Mansoureh Mills, chercheuse sur l'Iran à Amnesty International, affirme : « Depuis le soulèvement de 2022, les autorités iraniennes ont délibérément fait de la peine de mort une arme pour semer la terreur au sein de la population et réprimer toute dissidence. »
Les statistiques sont éloquentes :
- Selon Iran Human Rights, au moins 145 personnes ont été exécutées en 2026, avec plus de 400 autres exécutions signalées mais non vérifiées.
- Le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme en Iran rapporte au moins 1639 exécutions en 2025, contre 975 en 2024.
- Iran Human Rights avance un chiffre similaire : au moins 1500 condamnés à mort exécutés en 2025, le nombre annuel le plus élevé recensé par l'organisation depuis 35 ans.
- Des organisations de la société civile évoquent même plus de 2000 exécutions pour l'année dernière.
Ces écarts s'expliquent par le fait que seulement 7% des exécutions sont annoncées par des sources officielles, la plupart concernant des affaires de drogue ou de meurtre. La coupure d'internet décrétée par les autorités empêche toute détermination précise du nombre d'exécutions, et de nombreuses condamnations à mort ne sont communiquées qu'aux condamnés et à leurs familles.
Des conditions carcérales déplorables et des transferts secrets
Au-delà des exécutions, les conditions de détention sont extrêmement difficiles. Les prisons iraniennes souffrent de surpopulation, et les détenus sont souvent privés de nourriture, d'eau, de médicaments et d'installations sanitaires de base. Amnesty International rapporte que le 3 mars, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes contre des prisonniers à Mahabad qui manifestaient pour leur libération après des explosions à proximité.
À la prison d'Evin, symbole du système carcéral iranien, les détenus de la section 209, dont beaucoup sont des militants et des dissidents, ont été transférés vers des lieux non identifiés. Leurs familles ne reçoivent aucune information, ou des informations contradictoires, quant à leur lieu de détention, créant un climat d'angoisse et d'incertitude supplémentaire.



