La sociologue franco-iranienne Azadeh Kian, directrice du Cedref et enseignante à l'Université Paris Cité, analyse la mobilisation des femmes dans la nouvelle contestation contre le régime des mollahs. Un courant viral émerge sur les réseaux sociaux avec des photos d'Iraniennes défiant la République islamique : le visage découvert, elles allument une cigarette en enflammant le portrait du Guide suprême Ali Khamenei.
Un geste hautement symbolique
Selon Azadeh Kian, ce geste s'inscrit dans la continuité du mouvement "Femme, vie, liberté". C'est une façon de dire qu'elles souhaitent dépasser le régime. La contestation a débuté avec des commerçants, mais les étudiants, notamment des femmes, les ont rapidement rejoints. Aujourd'hui, elles sont très présentes dans les manifestations, avec des slogans généraux contre le régime.
Une répression violente
Le régime tire à balles réelles sur les manifestants, visant les yeux sans distinction de genre. Beaucoup sont tués, et la situation est qualifiée de guerre par les Iraniens. Les autorités identifient les militantes via leur adresse IP, envoient des avertissements puis procèdent à des arrestations. Dès le début, les Gardiens de la révolution ont envoyé des SMS menaçants.
La vidéo virale de Melika Barahimi
La vidéo de Melika Barahimi, une Iranienne d'une vingtaine d'années vivant au Canada, allumant sa cigarette avec le portrait d'Ali Khamenei, a fait le tour du monde. Tournée le 7 janvier et publiée le 8, elle répond à d'autres militantes ayant réalisé le même geste. Les équipes de TF1 ont confirmé son authenticité.
Le rôle crucial des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la contestation. Le régime coupe Internet pour empêcher la communication et le contact avec la diaspora. Les étudiantes s'organisent aussi sur les campus, mais les personnes isolées n'ont souvent que les réseaux sociaux. En 2022, des Iraniennes se filmaient en coupant une mèche de cheveux ; l'an dernier, une jeune fille en sous-vêtements est devenue un symbole.
Des progrès limités
Grâce à ces résistances, la pression sur les femmes qui ne portent pas le voile a diminué. Cependant, la situation économique et légale des femmes n'a pas progressé. Aucune loi contre les violences faites aux femmes n'a été adoptée. La seule liberté obtenue est de pouvoir sortir avec leur copain sans être mariées.



