Thibaut Bruttin, directeur de Reporters sans frontières (RSF), partenaire du festival Visa pour l'image à Perpignan, dresse un constat alarmant sur la situation des journalistes à Gaza. Interrogé par Catherine Unac pour Midi Libre, il évoque une année très noire pour la presse, marquée par le ciblage délibéré des journalistes par l'armée israélienne.
Visa pour l'image, un rendez-vous crucial
Pour RSF, être présent chaque année à Visa pour l'image est essentiel. « C'est un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment l'image et l'actualité, le photojournalisme qui nous éduque sur le monde », explique Thibaut Bruttin. Le festival joue un rôle clé dans la défense de la liberté de la presse en exposant le travail des journalistes au plus grand nombre.
Plus de 200 journalistes tués à Gaza
Le bilan est lourd : plus de 200 journalistes ont été tués dans la bande de Gaza. « Le plus préoccupant, c'est que les forces israéliennes ont des dispositifs spéciaux à l'encontre des journalistes, allant de la délégitimation au ciblage », dénonce Bruttin. Il qualifie d'inédit qu'au début du XXIe siècle, une armée d'un État démocratique entretienne une telle entreprise de discrédit et de ciblage, au mépris des engagements internationaux.
Les actions de RSF pour protéger les journalistes
RSF apporte un soutien complet aux journalistes sur place, en fournissant des moyens matériels et en organisant des évacuations lorsque c'est possible. « Nous sommes convaincus que c'est la fraternité qui sauvera la liberté de la presse », affirme Bruttin. Les journalistes à Gaza expriment leur peur et leur épuisement face à la détermination de l'armée israélienne. Certains, qui refusaient auparavant d'envisager une évacuation, se tournent désormais vers RSF pour quitter Gaza.
L'interdiction d'accès aux journalistes internationaux
Bruttin dénonce également la décision « proprement scandaleuse » d'interdire l'accès de la bande de Gaza aux journalistes internationaux, sauf s'ils acceptent d'être accompagnés par l'armée israélienne. « Il est possible de concilier protection des intérêts militaires, sécurité des journalistes et couverture libre », insiste-t-il, rappelant que la capacité d'Israël à cibler les journalistes prouve qu'ils savent où ils se trouvent.
Le programme de la 37e édition de Visa pour l'image
Le festival, qui se tient du 30 août au 14 septembre 2025 à Perpignan, propose 28 expositions. Parmi elles, « Sans issue » de Saher Alghorra, lauréat du Visa d'or humanitaire du CICR, et les photos de Fatma Hassona, tuée lors d'une attaque israélienne en avril dernier. Alfredo Bosco expose sur la crise du captagon en Irak, tandis que Juan Carlos montre les prisons du Salvador. Josh Edelson présente un regard sur les incendies en Californie, et Jean-Louis Courtinat expose quarante ans de photographie sociale. L'Ukraine est également présente avec les travaux de Gaëlle Girbes.
Les zones les plus dangereuses pour les journalistes
En dehors de Gaza, les pays où les journalistes meurent le plus sont paradoxalement ceux « en paix » mais touchés par le narcotrafic, comme le Mexique et la Birmanie. « Il y a eu plus de journalistes tués en sept mois que l'année passée. On va vers une année très noire pour la presse », conclut Thibaut Bruttin.



