La complexité iranienne : un paravent commode pour le mépris occidental
Dans les cercles parisiens, au Quai d'Orsay et parmi les experts autoproclamés, un mot revient systématiquement pour évoquer l'Iran : la « complexité ». Ce terme sert trop souvent de paravent commode, d'absolution facile, permettant d'affirmer avec élégance que les Iraniens ne seraient pas « prêts ». Prêts pour quoi exactement ? Pour la liberté, la démocratie, les droits fondamentaux que l'Occident revendique depuis 1789 mais refuse d'étendre aux autres sous couvert d'un relativisme culturel qui n'est qu'un racisme déguisé.
Le mépris sous toutes ses formes
Ce mépris se manifeste de multiples façons. Il y a d'abord celui des reporters de guerre qui reviennent de Téhéran avec des analyses « autorisées », sans jamais questionner la nature de cette autorisation. Combien ont dîné avec des responsables du régime en se félicitant de leur propre « finesse diplomatique » ? Il est obscène de se vanter de connaître Larijani, qualifié de « pragmatique », alors que cet homme a ouvertement appelé à la « fermeté » contre des manifestants désignés comme « ennemis de Dieu » par le régime.
Le mépris se niche aussi dans les rapports alambiqués des instituts, où l'on peut lire sans rire que les manifestations de décembre 2025 risquaient d'être « contre-productives » en provoquant une ingérence étrangère. Selon cette logique perverse, réclamer sa liberté devient un « facteur déstabilisant ». Mais déstabilisant pour qui ? Pour les mollahs ? Comme si le problème n'était pas la mollahrchie assassine, mais la crainte que sa chute ne profite à Israël.
L'ignorance historique et le paternalisme
Certains coupent court au débat par une formule définitive : on n'importe pas la démocratie en terre d'islam. Outre son paternalisme évident, cette affirmation révèle une ignorance crasse de l'histoire. La Perse est islamique depuis le VIIIe siècle, mais elle existe depuis cinq mille ans. Cyrus le Grand proclamait les droits de l'homme sur un cylindre d'argile six siècles avant Jésus-Christ. Les Iraniens qui manifestent aujourd'hui ne réclament pas une démocratie importée, mais la restitution de leur propre histoire confisquée.
La hiérarchie des urgences de Macron
Le mépris atteint son paroxysme avec la position de l'Élysée. Lorsque la guerre a éclaté en mars, la première préoccupation de Macron fut le détroit d'Ormuz et la liberté de circulation des pétroliers, non la liberté des Iraniens. Cette hiérarchie des urgences en dit long sur nos « valeurs » proclamées. Il ne s'agit pas d'oublis accidentels, mais du choix délibéré de ne pas entendre les Iraniens éduqués, cultivés, laïques et féministes qui réclament depuis des décennies exactement ce que nous revendiquons pour nous-mêmes.
L'abandon méthodique et la peur occidentale
L'Occident a accordé toute sa solidarité rhétorique à ces Iraniens avant de les abandonner méthodiquement à chaque vague de répression, de 2009 à 2019, de 2022 à 2026. La mollahrchie est une pieuvre dont couper un tentacule ne suffit pas. Ce que les Iraniens ne comprennent pas, c'est pourquoi l'Occident refuse de regarder en face un régime qui finance le Hamas, le Hezbollah, les houthistes, les milices chiites en Irak et en Syrie, qui a commandité des attentats sur le sol européen et assassiné ses opposants à Paris, Berlin, Stockholm.
La réponse est simple : nous avons peur. Peur des islamistes. Peur que tout soutien aux Iraniens ne soit perçu comme un soutien implicite à l'Amérique ou à Israël. Ce n'est pas de la prudence. Ce n'est pas de la diplomatie. C'est du mépris. Et le mépris, en politique étrangère comme en morale personnelle, est toujours une forme de complicité avec l'oppression.



