La DJ Barbara Butch, qui fut victime d'injures antisémites, sexistes, grossophobes et lesbophobes après sa performance à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris, a été nommée à la direction artistique de la Nuit Blanche 2026. Devenue la cible de médias et intellectuels conservateurs, l'icône des nuits LGBT fait aussi l'objet d'un appel au boycott au nom de la défense de la Palestine.
Un contexte de haine déjà bien installé
Les extrêmes droites avaient peu apprécié la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de 2025. Le président américain Donald Trump, celui de Turquie Recep Tayyip Erdogan mais aussi l'eurodéputée Marion Maréchal Le Pen avaient interprété le festin divin mis en scène par Thomas Jolly comme un blasphème antichrétien et voyaient une offense envers la Cène, dernier repas de Jésus. Après le show, la DJ Barbara Butch qui performait au centre du banquet, avait fait l'objet d'une campagne mondiale de cyberharcèlement. Insultée parce que juive, grosse et lesbienne, ce qu'elle revendique fièrement par ailleurs, l'icône LGBT avait porté plainte contre plusieurs de ses haters et obtenu gain de cause.
Une nomination qui déchaîne les conservateurs
En toute cohérence, plusieurs médias et intellectuels conservateurs ont bondi lorsqu'ils ont appris la nomination de Barbara Butch à la direction artistique de la Nuit Blanche 2026 par la Ville de Paris. Sur CNews, Mathieu Bock-Côté a fustigé le choix de la mairie, qui relèverait selon lui, d'une promotion des combats « multiculturalistes », « diversitaires », « drag-queens » et « la sacralisation de ce qu'on appelle les migrants ». « Le Journal du Dimanche » ne considère pas que ce serait les profils anonymes qui auraient provoqué une polémique en ligne, mais « l'artiste [qui] avait suscité de vives réactions » en réinterprétant la Cène. De son côté, le média Frontières, dénonce le montant alloué par la ville à la Nuit Blanche et diffuse un doute sur la probité de l'appel d'offres.
Plus que sa proposition artistique, c'est la personnalité de Barbara Butch qui est attaquée, et à travers elle, la mairie de Paris. Une suspicion est instillée à partir d'accusations mêlant des références à l'argent, la volonté supposée de pervertir les mœurs et d'attaquer le christianisme.
L'appel au boycott : un prétexte pour la haine
C'est dans ce décor général que vient s'ajouter un appel au boycott au nom de la défense de la Palestine. Cette nouvelle cyber-offensive remonte au mois d'avril, alors que la DJ signait une tribune du « Point » en soutien de la « loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme ». Plusieurs influenceurs LGBT ont alors dénoncé ce qu'ils considéraient comme un soutien à une loi permettant de criminaliser les soutiens de la Palestine. Parti d'un désaccord politique pour une loi à laquelle je me suis moi-même opposé, ces dénonciations ont très vite changé de nature. Sous les publications de Barbara Butch, un DJ concurrent a par exemple invité ses 145 000 followers à se « renseigner sur les fréquentations de sa mère [smiley clin d'œil] ». Il ne s'agissait plus de critique politique mais bien de haine.
Malgré la multiplication des injures telles que « grosse pute », « juiverie », « grosse truie sioniste », « dégoûtant rond-point juif », « gros sac à merde juif » et autres menaces, Barbara Butch a expliqué son geste dans une vidéo sur son compte Instagram. « J'ai signé une tribune pour dénoncer l'antisémitisme en France, que je subis au quotidien, et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. Il y a des choses à redire sur cette loi, mais moi je ne suis pas juriste ou politologue, moi mon métier c'est de faire danser les gens. »
L'icône LGBT est accusée de fausse naïveté, de duplicité et même de complicité avec le gouvernement israélien, tandis qu'elle signait un papier pour une loi qui promettait d'endiguer la violence à son encontre. Encore une fois, Barbara Butch n'est pas attaquée pour ce qu'elle fait, mais pour qui elle est.
La France insoumise s'engage dans la campagne
Un dernier épisode de cette mauvaise série est lancé par la section grenobloise de La France insoumise. Cette dernière demande la déprogrammation de la musicienne du festival Cabaret Frappé organisé par la Ville, en la qualifiant de « soutien d'Israël » au nom de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) pour le boycott culturel. Les militants insoumis l'accusent d'avoir signé la loi Yadan qui « visait à criminaliser tout soutien au peuple palestinien, notamment en interdisant les critiques du régime colonial et génocidaire d'Israël », d'avoir animé la Gay Pride de Tel-Aviv en 2025 « en plein génocide ». Et la campagne de menaces, d'insultes, et d'intimidation a repris de plus belle.
Des faits contredits par les principes mêmes du BDS
Il se trouve que les directives PACBI (Palestinian Campaign for the Academic & Cultural Boycott of Israël) spécifient très clairement que BDS « rejette par principe les boycotts des personnes basés sur leur identité (comme leur citoyenneté, race, sexe ou religion) ou leur opinion ». Il préconise uniquement le boycott des spectacles commandités par l'Etat ou les institutions israéliennes. Il se trouve également que la loi Yadan n'avait pas pour objectif d'empêcher la critique d'Israël. Cette interprétation pourtant très relayée dans le débat public, est contestée jusque chez les détracteurs de la loi, comme les avocats Cédric Uzan-Sarano et Cécile Ostier. Il se trouve également que, non seulement Barbara Butch n'a jamais animé de Pride à Tel-Aviv, mais que l'édition de 2025 a été annulée. Enfin, comment Barbara Butch pourrait-elle être à la fois soutien du gouvernement d'extrême droite israélien, dont les membres ont multiplié les sorties homophobes, et animatrice de la Pride à Tel-Aviv ? Le ministre Bezalel Smotrich se définit lui-même comme un « fasciste homophobe ». La critique nécessaire des politiques de pinkwashing se ratatine sur elle-même lorsqu'elle s'appuie sur des faits imaginaires.
Un appel qui déroge aux principes qu'il invoque, des analyses qui ne tiennent pas la route, des faits inventés, c'est donc encore une fois l'identité de Barbara Butch qui est mise en cause. Une action politique ne se juge pas aux intentions des acteurs qui la déploient, mais aux effets de celle-ci. Le premier effet de la déclaration de La France insoumise est clair : la haine antisémite et grossophobe qui déferle à l'égard de la DJ. Les insoumis vont-ils en prendre acte ou bien converger avec les extrêmes droites pour tenter de décommander Barbara Butch à la Nuit Blanche 2026 afin de venger leur défaite aux élections de la mairie de Paris ?



