Une initiative solidaire pour lutter contre la pauvreté rurale
Dans les campagnes malgaches, une initiative originale portée par la délégation héraultaise de l'association AGIR abcd offre une lueur d'espoir aux agriculteurs. Le projet consiste à former localement des paysans à la fabrication et à l'utilisation de ruches kenyanes, spécialement adaptées au climat tropical de l'île.
Préserver une espèce endémique tout en générant des revenus
À l'origine de ce projet, Christophe Deschler, bénévole et ancien pharmacien passionné d'apiculture, tire la sonnette d'alarme. "Dans la pratique coutumière, les paysans malgaches vont dans la forêt, repèrent les essaims, ramassent le miel et s'en vont. Les essaims sont, pratiquement, à chaque fois détruits, y compris les reines", explique-t-il. Cette méthode traditionnelle menace directement la seule espèce d'abeille endémique de Madagascar, déjà fragilisée par les incendies de forêt, les brûlis et les cyclones.
Thierry Laniesse, représentant local d'AGIR abcd, précise la double finalité du projet : "L'idée c'est de joindre l'aspect écologique, la préservation du biotope, à l'utilité économique." La ruche kenyane présente en effet plusieurs avantages :
- Elle est peu coûteuse et facile à fabriquer avec des matériaux locaux
- Ses longs pieds en bois la protègent pendant la longue saison des pluies
- Elle permet de développer une apiculture raisonnée sans détruire les essaims
Un impact économique significatif pour les familles rurales
Selon les calculs de Thierry Laniesse, l'apport d'un rucher peut générer des revenus équivalents à environ 25% du revenu moyen à Madagascar. "Il ne s'agit pas de transformer des paysans qui ont l'habitude de cultiver le manioc et la patate douce en apiculteurs professionnels. Mais, cela peut les aider à sortir de la misère", complète le bénévole.
Armand Da Costa, responsable du rucher école départemental de Grabels et technicien sanitaire apicole, soutient activement le projet. Il souligne que "faire de l'apiculture sous les tropiques, avec deux saisons, permet de faire davantage d'essais" et d'améliorer continuellement les techniques.
Un partenariat local pour assurer la pérennité
L'initiative bénéficie du soutien de la Coalition des paysans malagacy, une ONG malgache partenaire qui assure un suivi régulier des projets. "Maintenir des pollinisateurs, des abeilles, permet de contribuer à la biodiversité locale qui est très riche", rappelle-t-on du côté des partenaires locaux.
L'association AGIR abcd, qui existe depuis 40 ans et est reconnue d'utilité publique, mobilise les compétences de ses bénévoles retraités au service des personnes fragilisées en France et dans les pays en développement. Pour soutenir cette initiative, une collecte solidaire a été mise en place.
Cette approche intégrée répond à plusieurs défis simultanément : la préservation d'une biodiversité unique, la création de revenus complémentaires pour des familles rurales démunies, et le développement d'une apiculture durable adaptée aux conditions climatiques malgaches.



